:
Je crois avoir vu que Mme Lucki est là, de même que le ministre Blair.
Je déclare donc ouverte la 32e séance du Comité permanent de la sécurité publique et nationale.
Nous nous réunissons conformément à la motion adoptée le 7 décembre dernier pour reprendre l'étude du Rapport final sur la mise en œuvre de l'accord de règlement de Merlo Davidson. Le juge Bastarache a comparu devant le Comité, et je crois qu'il n'y a pas un seul membre du Comité qui n'a pas été ébranlé par ce qu'il avait à dire. Je suis donc reconnaissant envers le ministre et la commissaire de comparaître devant le Comité aujourd'hui.
Nous avons deux heures de séance devant nous. C'est ce dont nous avons convenu, mais nous avons également convenu de nous réserver 15 minutes après les témoignages du ministre et de la commissaire pour discuter à huis clos de ce que nous aurons entendu.
Sur ce, je propose d'entendre la déclaration du ministre, qui dispose de sept minutes pour nous la présenter, puis d'entendre celle de la commissaire, après quoi nous tiendrons tout de suite une période de questions. Le ministre devra nous quitter après une heure, mais nous continuerons la séance. Je ne vois aucun intérêt à interrompre la période de questions, donc nous enchaînerons un tour après l'autre.
Sur ce, je souhaite de nouveau la bienvenue au ministre Blair devant le Comité.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Je remercie également les membres du Comité de me permettre de comparaître devant eux aujourd'hui pour m'exprimer sur ces questions très importantes.
Si vous me le permettez, monsieur le président, j'aimerais, avant de prononcer mon allocution, exprimer mes sympathies les plus sincères et les plus profondes après la découverte des restes de 215 enfants dans des sépultures anonymes au pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique. Ces enfants ont été arrachés à leurs parents, ils ont été forcés d'aller au pensionnat, puis n'ont jamais revu leurs familles. Les répercussions tragiques des pensionnats et le rôle qu'a joué le gouvernement du Canada ne pourraient être illustrés de façon plus marquante que par la découverte des corps de ces enfants.
J'aimerais reconnaître le rôle manifeste et indéniable que la GRC a joué dans cette tragédie. Je reconnais aussi le rôle qu'y a joué le gouvernement que nous servons tous aujourd'hui. Au cours des deux dernières années — et encore aujourd'hui — j'ai passé considérablement de temps avec la commissaire Lucki à discuter du travail de la GRC en vue de la réconciliation. La commissaire m'a garanti que la GRC nous offrirait sa pleine collaboration dans nos efforts pour mieux comprendre les événements de Kamloops. Elle offrira son aide aux diverses collectivités du Canada, selon les besoins.
En ce moment où le Canada est en deuil, avec la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc et tous les peuples autochtones, il est on ne peut plus clair que nous devons continuer de nous efforcer d'améliorer les services offerts aux personnes et aux communautés autochtones du Canada. Je vous remercie de me permettre de m'exprimer sur cette question.
Je suis ici aujourd'hui pour participer à l'étude du Comité sur les questions entourant le rapport du sur le harcèlement et la discrimination fondés sur le sexe et l'orientation sexuelle à la GRC.
Le rapport Bastarache met en lumière un bien trop grand nombre de cas de harcèlement au travail, de sexisme et d'inconduite sexuelle qui ont profondément touché des femmes et des membres LGBTQ2S+ au sein de la GRC, et peut-être d'autres cas qui n'ont pas été signalés, puisque nous savons qu'il est probable que beaucoup de cas n'aient jamais été dénoncés.
Permettez-moi d'affirmer sans équivoque que tous les Canadiens méritent de se sentir à l'abri du harcèlement et de la violence. C'est pourquoi notre gouvernement a explicitement mandaté la commissaire de la GRC de protéger tous les employés contre ce type de harcèlement et de violence. Après tout, les femmes et les membres de la communauté LGBTQ2S+ qui ont subi ce harcèlement ont dû se demander si le fait de le signaler affecterait leur carrière, leurs chances de promotion ou leur sécurité.
Dès que ce rapport a été publié, j'ai parlé avec la commissaire. J'ai insisté sur le fait que ces comportements inacceptables devaient cesser. Et j'ai déclaré qu'un plan global devait être mis en œuvre pour répondre aux conclusions et recommandations du rapport.
J'ai également parlé abondamment au juge Bastarache de mon engagement à soutenir pleinement la commissaire dans la réalisation des changements nécessaires, ainsi qu'à superviser la réforme de la GRC guidée par ses recommandations.
Aujourd'hui, je suis heureux d'annoncer que la mise en œuvre de nombreuses recommandations du rapport final est en cours. Je sais que la commissaire Lucki parlera plus en détail de ces progrès et des priorités à venir pour répondre aux impératifs d'égalité, mais j'aimerais déjà mentionner quelques points clés.
Tout d'abord, un nouveau centre indépendant pour la résolution du harcèlement (le CIRH) verra le jour ce mois‑ci, afin de garantir l'impartialité et la cohérence des décisions et des mesures disciplinaires. Avant avril 2019, les cas de harcèlement sexuel avaient tendance à être traités entièrement en interne. Cette approche ne permettait pas aux survivants de se sentir entendus ou crus, et ne donnait pas non plus l'impression que les délinquants seraient tenus responsables.
Avec la mise en place du CIRH et l'intervention d'enquêteurs externes, nous cherchons à renforcer la confiance, à atténuer les craintes de représailles et de partialité et à garantir que des mesures disciplinaires appropriées seront prises, lesquelles pourraient aller jusqu'au licenciement. L'établissement de ce centre contribuera à combler les lacunes, notamment à accroître la cohérence du processus décisionnel et la rapidité des enquêtes, à remédier au manque d'enquêteurs qualifiés, au manque de suivi, d'outils d'intervention précoce et de cadre de gestion informelle des conflits.
Le CIRH tablera sur le nouveau Règlement sur la prévention du harcèlement et de la violence au travail du Code canadien du travail, en vertu du projet de loi . Malheureusement, il ne suffit pas d'adopter des mesures pour réagir après coup. Il faut également investir massivement dans la prévention du harcèlement en amont.
Ainsi, nous sommes en train d'effectuer l'ACS+ du programme de formation, en plus d'examiner les aspects paramilitaires de la formation à la Division Dépôt. Nous espérons de ce fait modifier la culture de l'organisation en matière de harcèlement et de violence au travail, et ce, dès le début de la carrière d'un membre.
Pour prévenir les représailles ou les récidives, les gestionnaires et les superviseurs recevront les outils et les ressources nécessaires pour mener des activités de rétablissement du milieu de travail. Pour favoriser une plus grande responsabilité, nous assurerons le suivi de ces objectifs dans le processus global de résolution des incidents.
La GRC doit pouvoir repérer, corriger et éliminer efficacement toute forme d'inconduite dans ses rangs. Comme l'expliquera sous peu la commissaire, la GRC lancera un examen externe de ses processus déontologiques et disciplinaires. La commissaire et moi ne sommes pas encore convaincus que nous assistons au genre de changement que l'on attend d'un organisme moderne chargé de faire respecter la loi. Les Canadiens s'attendent à ce que les pires comportements entraînent systématiquement des mesures disciplinaires sévères au sein de la GRC, et c'est aussi ce à quoi je m'attends en tant que ministre.
Ensuite, je suis heureux de vous dire que la GRC a lancé une stratégie complète en matière d'équité, de diversité et d'inclusion, afin de s'attaquer aux obstacles systémiques auxquels se heurtent les groupes de la diversité. Cette stratégie permettra d'instaurer des pratiques transparentes et responsables; de renforcer la formation et la sensibilisation, et de jeter les bases d'un changement de culture au sein de la GRC. Je sais par ailleurs que la commissaire Lucki vous décrira comment la GRC modernise ses processus de recrutement et d'intégration, notamment grâce à l'adoption de nouveaux outils pour évaluer le caractère et détecter les préjugés.
Nous avons tous le devoir de faire le nécessaire pour empêcher que le harcèlement et la discrimination ne se reproduisent. Les femmes et les membres de la communauté LGBTQ2S doivent se sentir en sécurité lorsqu'ils signalent toute forme de harcèlement, et ils doivent savoir qu'ils seront entendus, crus et soutenus. Ces dénonciations difficiles doivent faire l'objet d'une enquête transparente et mener à des conséquences tangibles pour les responsables, et il faut soutenir activement les survivants qui s'expriment courageusement.
Nous savons que nous devrons travailler dur pour changer la culture qui persiste non seulement à la GRC, mais dans tous les services de police et toutes les organisations paramilitaires. Je sais que la commissaire Lucki partage ma conviction que cette culture doit évoluer et changer. Je continuerai de l'appuyer dans ses efforts pour s'attaquer aux causes profondes de tout cela et moderniser nos programmes de formation, afin d'éviter que des incidents et comportements inacceptables tels que ceux exposés dans le rapport Bastarache ne se reproduisent.
Merci, monsieur le président. J'attends les questions des députés avec impatience.
:
Monsieur le président et membres du Comité, bonjour.
[Traduction]
Je vous remercie de m'avoir invitée à vous entretenir des questions importantes soulevées dans le rapport final de l'évaluateur indépendant.
J'aimerais faire remarquer que nous nous trouvons sur un territoire non cédé de la nation algonquine.
Je serai bientôt accompagnée aujourd'hui de Gail Johnson, notre dirigeante principale des Ressources humaines; de Kevin Stringer, notre dirigeant principal de l'Administration, et de Nadine Huggins, notre directrice exécutive des Politiques, Stratégies et Programmes des ressources humaines. Nous serons tous heureux de vous parler aujourd'hui des progrès accomplis par la GRC.
Le rapport de l'évaluateur indépendant a été difficile à lire pour beaucoup, y compris pour moi, mais je suis reconnaissante envers M. Bastarache et son équipe, ainsi qu'envers les femmes qui se sont manifestées, malgré la douleur inévitable que cela leur a causée. En tant que femme à l'emploi de la GRC depuis 34 ans, je jouis d'une vaste expérience de premier plan dans l'organisation.
[Français]
J'ai été témoin de bien des changements et je sais que le travail n'est pas terminé. J'ai le privilège de pouvoir contribuer à notre évolution.
[Traduction]
Ainsi que le juge Bastarache le souligne...
:
Je disais qu'ainsi que le juge Bastarache le souligne dans son rapport, « il s'agit d'une mission de longue haleine qui nécessite une vision, un leadership et une détermination sur une période de 10 ans ou plus », ce qui signifie la nécessité de prendre des mesures énergiques aujourd'hui pour ouvrir la voie à un changement à long terme, et c'est exactement ce que nous faisons.
J'ai le mandat de moderniser l'organisation et sa culture, donc de prévenir le harcèlement et les comportements répréhensibles, c'est‑à‑dire d'établir un cadre pour attirer et maintenir en poste les personnes voulues, parce que nous avons un milieu de travail sain et sans obstacle. Nous devons soutenir nos employés afin de résoudre les problèmes en milieu de travail le plus rapidement possible et créer une culture où les gens n'ont pas peur de s'exprimer.
Il ne suffit pas de cocher machinalement des points sur une liste en fonction du dernier rapport. Il nous faut remettre en question nos normes, faire preuve de créativité et d'ouverture, écouter les gens concernés, établir une relation de confiance et maintenir une perspective à long terme.
Depuis que je suis à la tête de l'organisation, nous avons adopté une voie holistique. Mon but est de faire en sorte que peu importe la personne en poste, le changement va se poursuivre parce que nous avons établi un cadre favorable. Nous avons axé notre démarche sur quatre éléments: la gouvernance responsable; le leadership inclusif; l'équité, la diversité et l'inclusion; des mécanismes de résolution fiables. En maintenant le cap, nous avons déjà fait avancer les choses sur de nombreux points soulevés dans le rapport.
Mon but n'est pas de vous énumérer une longue liste de mesures — je veux plutôt souligner les principaux secteurs de changement.
Premièrement, nous avons élargi la diversité au sommet, ce qui a un effet symbolique et des répercussions concrètes — non seulement les personnes issues de la diversité peuvent se reconnaître parmi nos cadres supérieurs, mais notre prise de décisions s'en trouve améliorée. Mon équipe de gestion supérieure est plus diversifiée et équilibrée, que ce soit sur le plan de membres féminins, civils ou issus d'autres groupes de la diversité.
Par exemple, plus de 50 % de nos commandants sont des femmes. Nos discussions s'en trouvent améliorées et nous avons changé notre façon d'aborder les problèmes à la GRC. En outre, nous collaborons désormais avec notre conseil consultatif de gestion externe, ce qui ajoute encore à notre expertise et à la diversité.
Deuxièmement, nous n'avons ménagé aucun effort pour élaborer un nouveau modèle de gestion des plaintes de harcèlement. Je suis heureuse d'annoncer le lancement du Centre indépendant de résolution du harcèlement, le 30 juin prochain. Conformément aux recommandations, ce centre est non subordonné à la hiérarchie et fait appel à des enquêteurs externes, afin de constituer un organe fiable et impartial.
Nous croyons que cet organe permettra d'améliorer la confiance des gens et qu'il les incitera à se manifester. Le Centre est également axé sur la prévention — en fournissant des outils de gestion informelle des conflits pour résoudre les situations à l'échelon le plus bas possible et analyser les éléments qui permettent de prévenir les comportements répréhensibles.
Il reste encore fort à faire. Nous entamerons sous peu un examen externe de nos processus déontologiques et disciplinaires afin de nous assurer que nos sanctions sont efficaces et conformes aux attentes actuelles.
Troisièmement, nous disposons de nouveaux outils pour repérer et éliminer la discrimination systémique. L'analyse comparative entre les sexes plus (ACS+) est une méthode adoptée à l'échelle de l'organisation, à commencer par nos cadres supérieurs dans leur prise de décisions. Cette approche nous offre la perspective nécessaire pour repérer les obstacles qui se posent aux femmes et aux groupes issus de la diversité et nous permet de voir les choses sous un autre angle.
L'ACS+ a donné lieu à toute une série de changements mineurs, mais concrets: nos uniformes sont plus inclusifs, notre processus d'avancement est plus équitable; nos politiques de prix et de distinctions honorifiques permettent désormais de comptabiliser comme période de service les congés sans solde pris en congés parentaux; nous avons supprimé les obstacles à l'égard des postulants du Nord dans notre processus de recrutement.
Je pourrais citer bien d'autres exemples encore, mais pris dans leur ensemble, ils ont des répercussions concrètes.
Par ailleurs, nous avons récemment adopté notre toute première stratégie d'équité, de diversité et d'inclusion pour orienter et évaluer les améliorations en la matière dans l'organisation.
Quatrièmement, nous nous sommes engagés à moderniser notre processus de recrutement; nous prenons le temps qu'il faut pour opérer les changements nécessaires. Il s'agit d'abord de déterminer le genre de personnes que nous voulons attirer en 2021. Les temps ont changé, tout comme les attentes.
Le rôle du policier est complexe, et nous savons qu'il doit posséder tout un éventail de compétences. Nous avons consulté des experts de l'extérieur pour définir les qualités et les aptitudes nécessaires aux fonctions de la police moderne. Nous adoptons de nouveaux outils pour évaluer les attributs recherchés, notamment pour déceler des éléments comme les croyances racistes et sexistes, comme le conseillait le Comité lors d'une séance précédente.
[Français]
Nous avons révisé nos stratégies de recrutement afin de nous assurer que nos recruteurs reflètent la diversité que nous recherchons. Nous continuerons de revoir chaque aspect de notre processus de recrutement pour faire en sorte qu'il soit moderne et exempt d'obstacles.
[Traduction]
Enfin, nous sommes déterminés à promouvoir le leadership. Le leadership et la philosophie adoptés au sommet constituent une priorité pour moi. Il m'importe de m'entourer de leaders issus de la diversité. Nous avons adopté la notion de leadership fondé sur le caractère dans nos processus de formation et de perfectionnement des leaders.
Dans le passé, nous avons été habiles à mesurer et à parfaire les compétences opérationnelles. Désormais, nous devons faire de même pour évaluer et parfaire le caractère et le jugement. Selon nous, le modèle du leadership fondé sur le caractère peut changer la donne en nous permettant d'affecter la bonne personne au bon poste. C'est une approche que nous voulons intégrer d'emblée auprès des postulants, et développer tout au long de la carrière des employés.
[Français]
Pour moi, la GRC doit attirer des gens remarquables dans un milieu de travail accueillant et inclusif, qui embrasse la diversité; c’est la clé de l’excellence pour notre organisation.
[Traduction]
Je vous ai donné quelques exemples où nous avons mis en œuvre des changements concrets, et je continue d'observer des changements au quotidien. Je reconnais aussi qu'il reste des questions importantes à résoudre dans notre organisation, et dans la société en général, pour atteindre l'équité. L'évaluateur indépendant en a soulevé quelques-unes, comme la nécessité d'apporter un meilleur soutien aux parents, ce qui est déterminant pour la participation des femmes au marché du travail, dans tous les secteurs.
Notre vaste territoire pose aussi de grands défis: il peut être difficile d'obtenir les ressources nécessaires pour soutenir pleinement nos employés. Il nous faut des solutions novatrices; ce n'est pas nécessairement une question d'augmenter les ressources, mais de trouver de nouvelles façons de faire. Par exemple, nous pouvons envisager différents modèles de prestation des services qui profiteront tant à la collectivité qu'à nos employés, comme le modèle de services par navette aérienne dans certaines régions du Nord.
Je n'ai pas toutes les solutions aujourd'hui, mais je sais que pour atteindre l'équité, il nous faut travailler de concert pour résoudre les enjeux que je viens d'évoquer. Je suis déterminée à continuer de promouvoir le changement et la modernisation, tout comme mon équipe de gestion supérieure. Je suis déterminée à écouter les personnes les plus touchées par ces questions et à élargir ce cercle.
Je suis déterminée à collaborer avec les autres pour envisager les moyens d'aborder ces questions ensemble. Je serai donc heureuse d'entendre vos commentaires, vos idées et vos suggestions. Votre compétence et votre influence sont précieuses et aideront mon équipe à trouver des solutions. J'ai hâte d'en discuter avec vous aujourd'hui.
[Français]
Je vous remercie.
:
Merci beaucoup, monsieur Fisher.
C'est une question très importante, et pas seulement pour la GRC, pour tous les services de police du pays. Je pense que la GRC reconnaît qu'un service de police moderne doit bien réfléchir aux critères de mérite qu'il utilise au moment de l'embauche.
Je crois que la GRC recrute des personnes extraordinaires en ses rangs. Cependant, il importe de bien réfléchir au recrutement, à la formation et au déploiement des agents pour que la culture au sein de la GRC soit plus accueillante pour les personnes issues des groupes de la diversité et les femmes. Cela me semble absolument essentiel, et c'est ce à quoi s'affaire la GRC.
Nous avons déjà parlé de la stratégie en matière de diversité et d'inclusion qu'elle est en train de mettre en oeuvre. Je dois souligner au Comité que l'une des raisons pour lesquelles nous avons sélectionné la commissaire à ce poste, c'est parce que nous croyons en son aptitude incomparable à susciter un changement au sein de l'organisation. Cependant, je dois admettre, pour en avoir vécu l'expérience dans un autre service de police, que la tâche est colossale.
Nous avons confié à la commissaire un mandat très explicite, dont elle s'acquitte avec zèle. C'est avant tout une question de leadership, comme elle l'a déjà indiqué, et elle a déjà apporté des changements importants à la tête de la GRC. Je crois qu'elle envoie un message très fort qui témoigne de l'importance de la diversité et de l'inclusion, des perspectives diverses dans le maintien de l'ordre.
Tout cela va causer et nécessiter une réforme importante de la culture policière, que le juge Bastarache a qualifiée de « toxique ». Cette réforme va bon train sous la gouverne de la commissaire, et je pense que notre gouvernement, comme l'ensemble des Canadiens, a la responsabilité d'appuyer la GRC pendant qu'elle apporte ces changements importants à une culture que le juge Bastarache avait tout à fait raison de dénoncer.
La commissaire travaille sans relâche avec toute son équipe. Le changement opère lentement, mais sûrement, et nous voulons continuer de ne ménager aucun effort pour accélérer ce travail.
:
Comme le ministre l'a mentionné, on m'a donné le mandat strict de moderniser la GRC et d'en transformer la culture. Par conséquent, nous sollicitons l'avis de divers organismes externes et indépendants et de diverses personnes pour régler ce problème de culture dans le milieu de travail.
Je dois d'abord souligner que le gouvernement a établi en 2019 le Conseil consultatif de gestion de la GRC, qui est là pour fournir des conseils externes à l'administration de la GRC, à ses hauts dirigeants et à moi-même. Le gouvernement lui a confié la responsabilité de nous conseiller sur la culture en milieu de travail, soit sur l'enjeu même au cœur du rapport du juge Bastarache.
Depuis son établissement, ce conseil a bousculé la façon de penser au sein de la GRC en lui fournissant des conseils réfléchis sur diverses questions. Il a surtout grandement contribué à la création du Centre indépendant pour la résolution du harcèlement. Il avait d'ailleurs créé un groupe spécial juste pour cela.
J'ai lancé plusieurs initiatives au cours des trois dernières années pour moderniser la culture et la gestion de la GRC. Nous avons mis divers groupes, personnes et experts à contribution, y compris l'Association of Black Law Enforcers. Il y a également le Comité consultatif du commissaire sur la diversité, le Comité consultatif national sur les questions autochtones, le Comité consultatif sur l'expérience vécue par les Autochtones, le comité mixte du gouvernement du Canada sur l'équité en matière d'emploi, le groupe Servir avec fierté, le Caucus des employés fédéraux noirs et le Réseau des femmes exécutives.
Tout cela permet beaucoup de consultations, et la stratégie EDI nous procure une structure claire pour prendre des mesures concrètes afin de contrer le racisme et la discrimination et de favoriser l'inclusion au sein de l'effectif de la GRC ainsi que dans la façon dont l'organisation offre ses services aux collectivités.
Nous essayons d'entendre le plus grand nombre de personnes possible parmi toutes celles susceptibles d'être touchées par nos décisions, afin de prendre de meilleures décisions, des décisions plus adaptées à toutes ces personnes.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Je remercie monsieur le ministre de sa présence. Je remercie également la commissaire, madame Lucki, de ses remarques préliminaires très intéressantes au sujet d'un dossier dans lequel nous constatons avec tristesse qu'il y a encore, en 2021, beaucoup de travail à faire pour parler d'inclusion et de diversité et pour contrer la masculinité toxique et la culture sexualisée.
Au Comité permanent de la condition féminine, dont je suis membre, je discute parfois de ces problèmes en ce qui concerne les Forces armées, mais on se rend compte que cette culture se retrouve également au sein de la GRC, et le rapport Bastarache nous le prouve malheureusement.
Monsieur le ministre, dans vos remarques préliminaires, vous avez dit regretter que, malgré les efforts et le travail accompli, la GRC ne soit pas l'organisation moderne que vous souhaitiez. J'aimerais que vous nous en disiez davantage sur ce qui permettrait à la GRC d'être plus moderne, selon vous.
:
Merci beaucoup, madame Larouche, et je pense que c'est une question très importante.
La GRC a valeur d'icône au Canada et elle est très respectée dans le monde entier, mais nous avons vu qu'il y avait eu certains incidents. Je pense que le rapport Bastarache nous a révélé très clairement que certains éléments de l'environnement de travail au sein de la GRC ne sont pas aussi favorables et accueillants qu'ils devraient l'être pour les femmes et les personnes d'origines diverses qui font partie de son organisation. Je pense que la commissaire a entrepris un travail très encourageant à cet égard, mais je tiens à souligner qu'il y a encore beaucoup de travail à faire.
Nous le constatons également dans notre relation, et c'est une chose dont nous sommes très conscients. Je pense que les événements récents ont permis à tout le monde de le comprendre. La relation entre la GRC et divers groupes, en particulier les Autochtones de notre pays, est troublée par une longue histoire de relations difficiles entre la GRC et les Autochtones du Canada, et malgré les nombreux progrès réalisés, il reste beaucoup de travail à faire.
Je pense que c'est quelque chose qui importe beaucoup pour les principes de réconciliation, mais aussi parce que rien n'est plus important que la confiance que nous pouvons avoir dans la relation que la police entretient avec le public qu'elle a juré de servir et de protéger. Gagner la confiance des gens que l'on sert est un travail de tous les jours, et un seul incident malheureux ou la conduite inappropriée d'une personne peut réduire cette confiance à néant.
Je sais que la commissaire s'efforce toujours de mériter la confiance des Canadiens, et nous reconnaissons que, dans une grande organisation paramilitaire, il est impératif d'avancer constamment dans le sens d'une réforme. Cela comprend l'intégration d'une plus grande diversité de points de vue au sein de la GRC, de personnes qui ont une expérience autre, de femmes, d'Autochtones et de personnes issues de communautés racialisées. Cette diversité de perspectives aidera l'organisation à progresser. La GRC et la commissaire le reconnaissent, et elles ont beaucoup de travail à faire par l'intermédiaire du recrutement et de la formation quant à la façon de traiter les personnes au sein de l'organisation.
Comme je l'ai déjà mentionné à M. Motz, je pense également que les services de police doivent rendre des comptes de manière transparente aux personnes qu'ils servent, et c'est pourquoi nous travaillons à l'amélioration de la structure de gouvernance des services de police de la GRC dans tout le pays.
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Merci, monsieur le président.
Merci, monsieur le ministre, de vous joindre à nous. Je sais que votre collègue de Dartmouth—Cole Harbour vous a appelé Bill. Je suis heureux de le faire en privé et en société, mais puisque vous êtes ici en votre qualité officielle de ministre de la Couronne, je vais vous appeler monsieur le ministre. Nous comptons sur vous en tant que personne responsable pour parler au nom du gouvernement et répondre aux graves questions qui nous préoccupent.
En réponse à la question de ma collègue du Bloc, vous avez dit que le juge Bastarache a constaté que la GRC n'était pas aussi favorable qu'elle devait l'être envers les femmes. J'appellerais peut-être cela l'euphémisme de l'année, mais l'année est très jeune.
La réponse que M. Bastarache a donnée au Comité était bien différente de cela. En fait, il a dit au sujet de la GRC que le milieu de travail comportait des traits de discrimination systémique fondée sur le sexe, l'orientation sexuelle et la race, y compris des cultures de travail toxiques caractérisées par de la misogynie, de l'homophobie, du racisme et de la violence interpersonnelle, y compris de la violence sexuelle. Il a déclaré qu'on y empêchait les femmes et les personnes LGBTQ2S d'obtenir des promotions, des formations et des affectations de travail sur un pied d'égalité avec les autres candidats, et que les personnes lésées ont été punies pour avoir tenté de porter plainte.
Ce n'est pas exactement le portrait que vous en avez brossé.
Il est allé plus loin, et je veux que vous abordiez ce point particulier. Il a dit qu'il n'avait pas confiance dans la capacité de l'institution à changer — et je pense que les membres du Comité ont été frappés par la force de cette observation, à savoir qu'il n'avait pas confiance — et qu'aucune issue n'était envisageable sans une forme de pression soutenue et indépendante venue de l'extérieur.
Je tiens à vous signaler que cette pression ne devrait pas venir des membres du Parlement et des comités parlementaires, mais bien d'une structure de gouvernance. Vous y avez fait référence lorsque vous avez parlé des services de police contractuels de la GRC. Qu'en est‑il de la GRC elle-même? Qu'en est‑il d'un conseil de surveillance indépendant, comme ceux qui régissent les forces policières civiles à l'échelle du pays?
Seriez-vous favorable à une telle mesure pour garantir qu'une pression externe soutenue, permanente et indépendante soit exercée sur la GRC afin de permettre les changements qui s'imposent?
:
D'abord et avant tout, une partie de notre initiative concerne la formation des membres subalternes. Nous avons donc lancé le cours sur la sensibilisation culturelle et l'humilité. Nous avons adopté des approches envers les victimes qui tiennent compte des traumatismes vécus, et nous avons programmé une formation sur l'antiracisme. Ce qui est intéressant au sujet de la formation sur l'antiracisme, c'est que la seule raison pour laquelle nous ne l'avons pas encore offerte, c'est qu'elle est élaborée par des Canadiens qui ont été touchés par le racisme. Par conséquent, nous voulons nous assurer que cette formation est très percutante. La formation est une partie de notre solution.
Bien entendu, nous avons mis en œuvre notre stratégie en matière d'équité, de diversité et d'inclusion. Cela fait partie de mon mandat et de notre objectif en vue de changer la culture et de transformer la GRC. Un grand nombre d'activités s'inscrivent dans ce cadre.
Cependant, nous devons nous assurer que, lorsque des choses se produisent à la GRC et que des personnes n'agissent pas conformément à nos valeurs fondamentales, elles sont tenues responsables de leurs actions. Ce qui est intéressant à propos de nos valeurs fondamentales, c'est que nous sommes en train de les revoir, tout comme notre énoncé de mission fondamentale. Les responsables sont en fait en train de les élaborer de bas en haut plutôt que de haut en bas. Par conséquent, ils tiennent en fait des séances de consultation massive auxquelles participent divers employés de tous les grades, afin que les employés fassent partie de la solution.
C'est intéressant. Je ne pensais pas que nous allions réellement changer les choses, mais quand je vois certains des courriels que je reçois... Par exemple, je constate qu'ils traitent de « Vision 150 et au‑delà », et qu'ils mentionnent certaines des mesures que nous prenons.
J'ai parlé à Linda Davidson. J'ai communiqué avec elle à plusieurs reprises, comme elle a communiqué avec moi. L'une de nos communications les plus récentes concernait le Centre indépendant de résolution des plaintes de harcèlement, et j'ai été très heureuse d'entendre ses commentaires. Nous lui avons permis d'examiner la politique du début du processus à son dénouement et pendant toutes les étapes qui ont fait partie de ce processus, et elle était très satisfaite des progrès réalisés. Elle a estimé que le centre rendait justice dans des situations où les membres de la GRC n'étaient pas soutenus auparavant, ce qui m'indique que nous faisons quelque chose de bien.
Je le constate dans le ton des courriels. Je l'observe dans les comportements, mais une fois que nous commençons à examiner les statistiques... Pour l'instant, nous ne nous penchons pas sur les statistiques, mais nous bâtissons ces fondations, comme je l'ai mentionné au cours de ma déclaration préliminaire. Quand je vais et je viens... Il n'y a rien de pire que de faire quelque chose qui disparaîtra, dès que je serai partie. Non, il s'agit de bâtir des fondations solides pour que mon successeur puisse poursuivre le travail.
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Je vous remercie de votre question.
Si vous parlez précisément des plaintes pour harcèlement, le CIRPH a été établi à titre d'entité distincte. Toutes les autres plaintes qui ne sont pas liées au harcèlement franchissent les étapes de notre processus de déontologie. Bien entendu, les plaintes criminelles suivent une voie totalement différente.
En ce qui concerne le harcèlement en particulier, ce que nous avons fait, c'est de retirer le CIRPH de la chaîne de commandement. Nous avons fait appel à des enquêteurs externes. Ces enquêteurs externes ne font pas partie de la GRC. Ils ont été recrutés par l'intermédiaire de processus gouvernementaux. Ils mèneront une enquête complète, et ils parviendront à une conclusion. Une fois la conclusion tirée, l'affaire sera renvoyée à une autorité de déontologie extérieure à la chaîne de commandement, s'il y a effectivement des mesures disciplinaires à prendre. S'il n'y a pas de discipline à prendre... Évidemment, nous essayons de régler les choses à l'échelon le plus bas en renvoyant l'affaire à un programme de gestion informelle des conflits, si nous le pouvons, mais si ce n'est pas possible, l'affaire passe par toutes les étapes d'une enquête complète.
Il est important que ce processus soit accessible et rapide et qu'il appuie la responsabilisation. L'aspect le plus important du processus est également le rétablissement du milieu de travail. Au cours des étapes initiales, il se peut qu'en fait, nous soyons forcés de transférer les gens hors de leur milieu de travail. Il se peut que nous soyons obligés de transférer les personnes contre lesquelles des allégations ont été formulées afin de rétablir le milieu de travail et de garantir qu'il est sûr.
Voilà le processus en général. Si vous avez besoin d'obtenir de plus amples renseignements, je pourrais céder la parole à M. Stringer, le dirigeant principal de l'Administration, qui a joué un rôle déterminant dans la création de ce processus, en collaboration avec notre conseil consultatif de gestion.
Avant de passer à M. Stringer, j'ai une deuxième question à vous poser. Ensuite, Mme Johnson et M. Stringer pourront également intervenir.
Tout d'abord, il semble que peu de personnes se soient manifestées, comme vous l'avez dit vous-même, jusqu'à ce que le processus soit totalement confidentiel et que quelqu'un de l'extérieur mène l'enquête. Beaucoup de femmes ont fait allusion au fait qu'elles ne pensaient pas pouvoir se manifester parce qu'elles seraient punies. Elles avaient l'impression que les personnes qui les harcelaient étaient récompensées et qu'il s'agissait d'une sorte de clique ou d'un club de vieux copains.
Que fait-on concrètement pour contrer cette perception? Je veux dire, vous avez beaucoup parlé de la culture et des mesures que vous prenez au sommet de la hiérarchie, afin de changer les choses et de vous assurer qu'une fois que vous serez partie, la personne qui vous remplacera pourra continuer d'apporter des changements. Évidemment, nous voulons que les changements se poursuivent.
Alors, que fait-on concrètement pour que les gens se sentent à l'aise, qu'ils aient le sentiment qu'ils peuvent se manifester et qu'ils ne seront pas punis s'ils le font? Comment pouvez-vous inciter les femmes à se manifester si elles craignent que leur carrière ne soit menacée ou que personne ne les appuie?
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Je vous remercie beaucoup de me donner l'occasion de vous parler aujourd'hui.
Je parlerai simplement de notre stratégie relative à l'équité, à la diversité et à l'inclusion.
[Traduction]
Je dirais que la commissaire a beaucoup parlé des bases. La stratégie en matière d'égalité, de diversité et d'inclusion que nous avons élaborée est en fait un des éléments fondamentaux de notre fondation. Comme beaucoup d'institutions au sein de la fonction publique et partout au Canada, nous avons cheminé et la GRC sait maintenant ce qu'elle veut faire et elle jette les nouvelles bases de notre organisation.
La stratégie en matière d'équité, de diversité et d'inclusion repose sur quatre piliers. Un pilier consiste à fournir le bon leadership et la bonne gouvernance. Le deuxième exige que nous soyons clairs, responsables et transparents dans les mesures que nous mettons en place. Le troisième veut que nous améliorions la formation et la sensibilisation au sein de notre organisation depuis la base jusqu'au sommet. Tous ces éléments se combinent pour contribuer aux changements culturels dont la commissaire a parlé.
[Français]
Cela changera la culture de la GRC. Nous avons pris le temps de bien réfléchir et de discuter avec des experts indépendants, les employés et les comités externes pour élaborer un document et adopter une approche en matière d'équité, de diversité et d’inclusion qui changera vraiment notre organisation.
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Je vous remercie, monsieur le président.
Madame la commissaire, je suis heureux de pouvoir vous parler.
Je dois dire que je m'étonne un peu que le rapport Bastarache ait été un choc pour vous.
J'ai regardé votre biographie, et vous et moi sommes tous les deux diplômés de l'Université de l'Alberta, ce qui est fantastique. Je vois que vous avez 35 ans d'expérience au sein de la GRC. Vous avez été décoré de l'Ordre du mérite militaire et avez reçu diverses autres décorations au cours d'une carrière vraiment remarquable à la GRC.
Janet Merlo a écrit son livre en 2013, et d'autres femmes avaient témoigné à ce moment de problèmes au sein de la GRC.
Lorsque le juge Bastarache a dit qu'il existait une culture toxique de misogynie, d'homophobie et de racisme, y compris de la violence sexuelle au sein de la GRC, et qu'il a parlé de la culture de représailles qui s'était installée contre les personnes qui portaient plainte, je me demande comment cela a pu être un choc pour vous. Est‑ce un élément qui vous a échappé en cours de route? C'est une question honnête, et je suis simplement curieux de le savoir.
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C'est une question légitime.
Ce qui m'a donné un choc, je pense, c'est l'ampleur de la chose. J'ai été choquée par le fait que tant de femmes avaient trop peur pour en parler, et il leur a fallu cela pour le faire. J'ai été choquée de voir que personne n'a écouté.
Le fait d'avoir parlé à Linda Davidson a changé la donne pour moi. Quand on lui parle, on ne se rend même pas compte qu'elle fait partie des survivantes. Elle m'a dit simplement: « Vous savez quoi, madame la commissaire, personne n'écoutait ». J'ai été choquée par cette réponse parce que je me demandais comment cela avait pu se produire. Comment des gens peuvent-ils ne pas écouter quand on leur parle de choses comme celles‑là? C'est révoltant et nous devons changer les choses. Que peut‑on faire pour que les gens se sentent en sécurité d'en parler?
Le rapport a vraiment mis le feu aux poudres pour moi.
Nous travaillons sur beaucoup d'éléments. Nous étions déjà en train de travailler sur bon nombre des recommandations contenues dans ces rapports, car elles n'étaient pas une surprise pour nous.
Ce qui était un choc, c'était d'entendre certains récits et de se rendre compte que nous n'avions pas de mécanisme qui permettait aux gens de se sentir en sécurité pour en parler. C'est pourquoi je m'engage fermement à mettre en place un tel mécanisme, de même qu'à faire en sorte que la GRC soit la plus diversifiée et la plus inclusive possible et à en faire un milieu de travail accueillant et qui permet aux gens de s'épanouir pour qu'ils aient le goût non seulement d'y venir travailler, mais aussi d'y rester pour prendre leur envol et qu'ils ne vont pas la quitter parce qu'ils sont déçus ou parce qu'ils sont blessés, brisés et malheureux et qu'ils ont été traités de cette façon. Il faut que cela cesse.
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Je vous remercie, monsieur le président.
Madame la commissaire, je vous remercie d'être avec nous.
J'aimerais encore savoir ce qui va arriver aux gens, aux cas recensés par le juge Bastarache. Voici la question que je me pose: pouvez-vous prévoir, ou vous engageriez-vous à trouver une façon pour que l'organisme indépendant qui sera...? Je présume que vous ne pouvez pas nous dire s'il sera ou non indépendant, mais peu importe qui va prévoir son mode de fonctionnement, est‑ce qu'on peut envisager de lui accorder le pouvoir de donner suite rétroactivement aux conclusions du rapport Bastarache?
Accessoirement, si vous n'êtes pas en mesure de nous en dire plus à ce sujet, pouvez-vous nous dire si vous croyez que l'information et les preuves contenues dans le rapport Bastarache sont insuffisantes pour lancer une enquête interne ausein de la GRC, en particulier pour ce qui est des 15 récidivistes? Je pense qu'il s'agit littéralement du travail quotidien des policiers d'identifier les récidivistes.
Je suis très heureuse d'entendre parler du travail à venir, et j'ai hâte de voir les rapports continus qui seront publiés, mais je m'inquiète de savoir si ces personnes obtiendront justice.
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Oui, je suis tout à fait d'accord avec vous, et c'est une question qui m'inquiète également.
J'ai remarqué qu'une personne a parlé des enquêtes dans le rapport Bastarache. Il ne s'agissait pas d'enquêtes, mais de témoignages. Certains ont été écrits à la main et présentés, et quand ils ont atteint un niveau supérieur, il y a eu des entretiens, mais il ne s'agissait pas des entretiens classiques que l'on fait pour obtenir des preuves. Il s'agissait d'établir le niveau de préjudice que la personne avait subi. Il ne s'agissait pas de preuves, et qui plus est, tous ces entretiens et tous les documents papier ont été détruits.
Cela faisait partie de l'accord. Tout était confidentiel, alors nous ne savons pas qui s'est manifesté. Les personnes ont toutes reçu un numéro et toute l'information était sous clé. Il est donc impossible de faire du suivi. C'est pourquoi nous avons demandé à l'interne aux gens de se manifester. Certains de mes messages à l'interne ont été affichés sur Facebook pour que des femmes les voient, avec l'aide de Linda Davidson. Il y a eu des discussions également depuis la dernière fois où j'ai parlé du rapport Bastarache.
Tout ce que je peux faire, c'est de demander aux gens de se manifester. Si vous avez été victime d'un acte criminel, n'hésitez pas à communiquer avec le service de police de votre région. Vous n'avez même pas besoin de venir à la GRC. Si vous avez besoin d'aide ou de soutien, venez nous en parler et nous allons vous fournir l'aide nécessaire.
J'ai des personnes qui sont venues me parler de situations, mais elles ne font pas partie de l'accord de règlement de Merlo Davidson, mais d'accords distincts, et elles ont maintenant le courage d'en parler, parce qu'elles voient que les choses bougent. Elles voient qu'on met en place un processus pour s'en occuper. C'est quelque chose que nous prenons très au sérieux.
J'aimerais pouvoir dire... Nous avons passé tout le système au peigne fin quand nous avons appris cela. Quand le juge Bastarache a témoigné et dit qu'il y avait des récidivistes, nous avons passé tout notre système au peigne fin à la recherche de quiconque s'y trouvait, mais bien entendu, si le juge Bastarache parle de gens qui ont commis des actes répréhensibles pour lesquels il n'y a pas eu de dénonciation, d'enquête, ou de processus quelconque, alors nous n'avons pas l'information. Nous n'avons passé au peigne fin que les cas qui se trouvaient dans le système.
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Je suis heureuse que vous ayez posé cette question, car la Division Dépôt est la première expérience d'un membre régulier avec la GRC. C'est là que commence notre culture. Ce que les recrues apprennent à la Division Dépôt, et la façon dont elles l'apprennent auront une incidence sur eux, en tant qu'agents de police. Nous devons absolument bien faire les choses.
Nous avons d'abord nommé un nouveau dirigeant principal de l'apprentissage afin de renforcer la norme nationale, la coordination et la surveillance de l'apprentissage à la GRC, y compris la modernisation de la Division Dépôt. Ce dirigeant principal de l'apprentissage a pour mandat d'effectuer, en collaboration avec des spécialistes, ce que nous appelons une évaluation complète de niveau 3 du Programme de formation des cadets afin de s'assurer que le programme correspond aux besoins sur le terrain. Cela comprendra aussi un examen dans l'optique ACS+, que nous aimons utiliser pour nous assurer que le contenu est inclusif, ne renforce pas les stéréotypes intentionnellement et reflète la réalité moderne.
Nous avons aussi des plans. Nous avons la chance d'avoir l'Université des Premières Nations du Canada, à Regina, avec laquelle nous avons établi un partenariat pour revoir l'ensemble du contenu autochtone et le programme de sensibilisation à la culture.
Pour toutes les questions liées à la violence fondée sur le sexe, aux femmes disparues et assassinées ou à tout autre sujet ayant trait aux Autochtones, nous faisons toujours appel à des spécialistes externes pour présenter le matériel pour que les gens aient une meilleure idée de l'incidence du travail quotidien des policiers sur la vie des gens.
Nous examinons également les aspects paramilitaires dont nous avons parlé. L'idée est d'examiner ces aspects et de conserver ceux qui promeuvent la fierté ou l'esprit d'équipe et d'éliminer du programme les aspects contraires à nos valeurs fondamentales.
Pour répondre à votre question sur le CIRPH, les cadets pourront effectivement rendre compte des plaintes.
J'aimerais céder la parole à Mme Gail Johnson, la responsable de notre académie de formation. Elle a fait beaucoup de travail à cet égard.
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Je considère que c'est la situation qui prévaut dans le cas d'une poursuite au civil, qui n'est pas de nature réparatrice ni axée sur l'avenir. Il s'agit simplement d'une compensation pour préjudice causé.
Le positif, en mon sens, c'est le rapport, car il présente au moins certaines idées. Les recommandations n'étaient pas surprenantes, mais elles ont renforcé ce que nous devions faire. Certains aspects auxquels nous n'avions pas particulièrement prêté attention ont été soulevés, et maintenant, nous nous en occupons.
Cela a vraiment permis aux survivantes de s'exprimer, d'où la grande confidentialité. C'était intéressant. J'ai donné l'occasion au juge Bastarache. Je lui ai demandé, par l'intermédiaire des avocats, bien sûr, s'il comptait rédiger un rapport préliminaire auquel nous aurions l'occasion de répondre pour que nous puissions lui fournir un contexte sur certaines questions, ce qu'il a formellement interdit.
Je ne comprenais pas pourquoi, car c'est toujours ainsi que procèdent les comités d'audit pour tout genre d'examen, mais maintenant, je comprends. S'il avait rejeté certains témoignages en fonction de renseignements que je lui aurais donnés, ces personnes n'auraient pu s'exprimer. Le but de l'exercice ou de cette poursuite était précisément de donner une voix à ces membres.
C'était de nouveau très évident lorsque j'ai indiqué à Mme Linda Davidson qu'elle avait enfin une voix. Elle a enfin pu raconter son histoire en espérant que cela entraîne des changements au sein de l'organisation. C'est là que j'interviens.
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Si vous le permettez, monsieur le président, je tiens à vous remercier d'avoir exprimé ce point de vue. Je pense que cela reflète la frustration de nombreux Canadiens qui ont lu ce rapport et qui comprennent où nous en sommes.
Oui, les victimes ont besoin d'une voix et je suis d'accord avec cela, mais il y a toujours le risque et la possibilité qu'il y ait d'autres victimes à la GRC actuellement, car ces auteurs sont toujours dans la GRC et, dans certains cas, ces comportements sont récurrents, comme souligné dans le rapport. Comme M. Harris et d'autres l'ont mentionné, et vous aussi, commissaire, il doit y avoir une façon — c'est un impératif —, outre vos notes de service internes destinées aux membres, de nous débarrasser de cette blessure et de veiller à tenir les auteurs responsables d'une façon ou d'une autre.
Nous ne les aurons pas tous, et je comprends que le seuil de preuve requis dans ce contexte est totalement différent du contexte dans lequel il a rédigé son rapport, mais je vous encourage à faire tout votre possible, à l'avenir, comme le président l'a indiqué, pour que les responsables de ces actes rendent des comptes et que tous ceux qui seront assujettis au nouveau processus soient poursuivis avec toute la rigueur de la loi et en subissent les conséquences.
Je vous remercie de votre temps, monsieur le président.