:
Je déclare la séance ouverte.
Bonjour. Je vous souhaite la bienvenue à la présente séance du Comité permanent de l'environnement et du développement durable. Conformément au paragraphe 108(2) du Règlement, notre étude porte sur le renforcement des pouvoirs du commissaire à l'environnement et au développement durable.
Nous recevons cet après-midi quatre témoins.
[Français]
Trois d'entre eux sont ici devant nous, à Ottawa, et le quatrième est en Nouvelle-Zélande.
[Traduction]
Nous avons avec nous M. Morgan Williams, commissaire parlementaire pour l'environnement au sein de l'Office of the Parliamentary Commissioner for the Environment de Nouvelle-Zélande. Nous vous remercions de votre présence, monsieur Williams.
Nous recevons aussi, à titre personnel, Mme Dyane Adam, ancienne commissaire aux langues officielles.
Nous accueillons également Roberta Santi, secrétaire adjointe du Cabinet, Appareil gouvernemental, Bureau du Conseil privé, ainsi que M. Patrick Hill, directeur, Politique stratégique, Appareil gouvernemental.
[Français]
Bonjour, je vous remercie beaucoup d'être venus.
Nous allons commencer par de brèves présentations de sept minutes chacune, n'est-ce pas?
:
Bonjour. Aotearoa vous salue. C'est un plaisir d'être avec vous par vidéoconférence. Il fait 21 degrés en ce moment à Wellington, ce qui est un tantinet plus chaud que chez vous. Je vous remercie beaucoup de me donner l'occasion de me joindre à vous.
Je n'ai pas l'intention de tenir un discours de 10 minutes, car je crois qu'il serait beaucoup mieux de dialoguer, puisque j'ai lu les transcriptions de vos délibérations des dernières semaines. Je vais commencer par faire un bref historique de mon bureau, celui du commissaire parlementaire pour l'environnement. Il s'agit du plus ancien bureau de ce type dans le monde, qui a été créé en vertu de la Loi sur l'environnement de 1986. Je présume que les membres du comité pourront consulter cette mesure législative.
Je pense qu'il est vraiment important de comprendre le contexte dans lequel cette entité a vu le jour, car elle a été mise sur pied bien avant la création de la Commission Brundtland. Au début des années 1980, on se préoccupait de plus en plus dans notre pays du fait qu'il n'existait aucun organisme indépendant du gouvernement voué aux enjeux environnementaux. Cette préoccupation émanait à la fois de la société civile néo-zélandaise et de l'OCDE, à la suite de la première vérification environnementale menée en Nouvelle-Zélande par cette organisation, en 1981. Certains faits marquants ont donc contribué à l'évolution du bureau et aux nombreuses réformes visant la gouvernance, que vous connaissez d'ailleurs assez bien, qui ont été appliquées au cours des années 1980.
En 20 ans, il y a eu deux commissaires, à savoir Helen Hughes, de 1987 jusqu'à la fin de 1996, et moi-même, depuis 1997.
Ce qui vous intéresse réellement, je pense, c'est la nature du travail qu'effectue le bureau, et précisément les rapports qu'il entretient avec le Parlement et le gouvernement. Comme vous le savez tous sans doute, je suis un haut fonctionnaire du Parlement. Je relève du Président de notre Chambre des représentants, comme c'est le cas pour notre vérificateur général et nos ombudsmen.
Si vous consultez la loi, ce que vous pourrez faire je présume, vous examinerez l'article 16, qui porte sur les fonctions et les pouvoirs, et l'article 17, qui concerne les questions qui relèvent de la compétence du bureau. Je pourrai parler plus tard de ces questions en détail, mais pour ce qui est des fonctions, je vais simplement vous lire le sous-alinéa 16(c)(1)i), puisqu'il décrit très bien en quoi consiste notre principale fonction. Il est écrit que le commissaire doit pouvoir :
faire enquête sur toute affaire qui, de l'avis du commissaire, pourrait avoir ou a déjà eu des répercussions négatives sur l'environnement, que ce soit en raison de causes naturelles ou bien d'une action ou d'une omission de la part d'une personne ou d'une entité, d'une ampleur qui nécessite la tenue d'une enquête d'après le commissaire;
Entre autres, nous nous penchons sur les questions touchant les politiques, qui semblent susciter beaucoup de discussions.
Alors comment cela a-t-il influencé l'évolution de notre travail au cours des 20 dernières années? Nous en sommes venus à déterminer cinq domaines de travail.
Le premier, qui est celui auquel j'ai consacré plus de 60 p. 100 de mes efforts ces 10 dernières années, est la protection des systèmes. Essentiellement, cela implique de mener d'importantes études sur la façon dont nous gérons les divers systèmes de notre société ainsi que la manière dont nous les envisageons, nous les faisons évoluer et nous effectuons des recherches sur eux. Nous avons examiné les océans, les villes, l'agriculture et le réseau hydrographique. C'est là-dessus que portent nos grandes études.
Le deuxième est celui des préoccupations d'ordre environnemental soulevées par la société, qui totalisent plusieurs centaines de sujets à étudier par année. Nous avons tendance à essayer de voir quel enjeu plus grand se cache derrière ces préoccupations.
Le troisième est la gestion de l'environnement, qui consiste à examiner des aspects précis de la gestion. Par exemple, nous avons récemment effectué une évaluation du rendement et de la gestion sur le plan environnemental de Solid Energy, la seule entreprise charbonnière appartenant à l'État.
Le quatrième est la contribution aux travaux de certains comités parlementaires comme le vôtre. Je tiens à préciser très clairement que cette contribution se limite à conseiller ces comités. Nous jouons le rôle de conseiller indépendant lorsque les comités examinent des projets de loi ou autre chose, comme des pétitions. Nous faisons de même quand ils sont chargés d'évaluer d'autres organismes gouvernementaux comme le ministère de l'Environnement ou celui de la Préservation. À cet égard, nous collaborons souvent étroitement avec le Bureau de la vérification.
Le cinquième concerne l'information. Autrement dit, nous travaillons à mieux faire comprendre le concept de la durabilité de l'environnement à la société et aux industries. Cela signifie que nous consacrons beaucoup d'efforts à diffuser largement nos rapports, car nous estimons que nos conclusions et nos évaluations doivent être connues par un public aussi grand que possible.
En terminant, monsieur le président, j'aimerais vous laisser sur un premier sujet de discussion. Notre façon de penser en termes de durabilité de l'environnement est très axée sur l'avenir. Nous sommes conscients du fait que ce concept que nous essayons de mieux faire comprendre au sein de la société est extrêmement complexe. Il faut établir de nombreux liens entre les divers aspects de la gouvernance, de la législation, des politiques et du financement, notamment.
Depuis 20 ans, notre objectif est de façonner les mentalités avant l'élaboration des politiques, tâche qui appartient sans aucun doute au gouvernement élu. Nous faisons très attention de ne pas nous embarquer dans le rôle de conseiller en politiques. Ce que nous devons faire, c'est plutôt orienter ceux qui exercent cette fonction, que nous veillons à ne pas assumer du tout. Grâce à ces cinq domaines de travail que nous avons déterminés, nous croyons qu'en 20 ans, jamais nous avons joué un tel rôle.
Je vais m'arrêter là, monsieur le président. Je crois que notre façon de travailler est un sujet qui suscitera de nombreuses discussions. Nous admirons ce que le Canada accomplit, et je dois vous dire que nous avons beaucoup appris de l'évolution de votre bureau ontarien et de votre organisme fédéral.
Merci.
:
Monsieur le président, messieurs les députés, bonjour.
Au cours des dernières années, j’ai eu le plaisir de participer, à titre de commissaire aux langues officielles, à quelques tables rondes ou colloques traitant du rôle et de la nature des différents mandats des hauts fonctionnaires du Parlement canadien. Un consensus se dégage de ces débats : ces organismes parlementaires présentent des différences notables quant à leur histoire, leur mandat, leur taille et leur budget, rendant ainsi difficile toute généralisation. Néanmoins, je m'aventure à affirmer que parmi tous les hauts fonctionnaires actuels, le commissaire aux langues officielles est celui qui dispose, en raison de la loi qui encadre son action, de l'éventail d’outils le plus diversifié pour veiller au plein respect des objectifs de la loi dont il est responsable, la Loi sur les langues officielles. Comme l'a fait M. Williams, je vais vous présenter le rôle du commissaire aux langues officielles et ses particularités les plus importantes.
Comme la plupart d’entre vous le savent, en votant, en 1969, la Loi sur les langues officielles, le Parlement canadien a créé la fonction de commissaire aux langues officielles. Comme l’avaient souhaité les coprésidents de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, les différents commissaires ont agi comme « la conscience agissante » du public canadien en matière d’équité linguistique, puisque au moment de l’adoption de cette loi, les droits linguistiques étaient plus un idéal qu’une réalité.
Comme la Loi sur les langues officielles révisée en 1988 a élargi la portée du mandat du commissaire pour y intégrer les notions de développement des communautés de langue officielle et de promotion du français et de l’anglais dans la société canadienne, le rôle du commissaire va désormais un peu plus loin et constitue plutôt celui d’agent de changement. La Charte canadienne des droits et libertés de 1982, qui fait de la Loi sur les langues officielles une loi quasi constitutionnelle puisqu’on y parle de langues officielles et de droits linguistiques, renforce aussi, à mon avis, cette notion d’agent de changement. Il y est, en effet, question de favoriser la progression vers l’égalité du français et de l'anglais.
Revenons à la loi. L’article 56 de la Loi sur les langues officielles est au centre du mandat du commissaire aux langues officielles, et il convient de le citer in extenso :
56. (1) Il incombe au commissaire de prendre, dans le cadre de sa compétence, toutes les mesures visant à assurer la reconnaissance du statut de chacune des langues officielles et à faire respecter l’esprit de la présente loi et l’intention du législateur en ce qui touche l’administration des affaires des institutions fédérales, et notamment la promotion du français et de l’anglais dans la société canadienne.
Trois éléments principaux se dégagent de cet article. Premièrement, par la généralité même de son libellé, il laisse au commissaire une grande latitude quant à la portée à donner à son mandat. Deuxièmement, l’expression « il incombe au commissaire » a un caractère que n’aurait pas eu une formule du genre « le commissaire peut » ou « le commissaire a le droit ». Troisièmement, cet article fixe le double rôle joué par le commissaire, soit celui de protecteur et celui de promoteur des droits linguistiques des Canadiens et Canadiennes. Ce double rôle me semble spécifique au mandat du commissaire aux langues officielles, si on le compare à celui des autres agents du Parlement canadien.
Le commissaire dispose d’un certain nombre de pouvoirs pour exercer son mandat afin d'assurer la conformité aux exigences de la loi. Il fait des enquêtes sur les plaintes qu’il reçoit de la part des citoyens ou des employés et formule des recommandations lorsque les plaintes sont fondées. Il peut également entreprendre des enquêtes de son propre chef, souvent sous forme de vérification ou d’enquête de portée plus globale. Le commissaire a le pouvoir de faire des suivis sur la mise en oeuvre de ses recommandations, de faire rapport au gouverneur en conseil si des problèmes persistent. Par ailleurs, il peut aussi faire un rapport spécial au Parlement s’il considère qu’une question requiert l’attention rapide de ce dernier. Il est tenu de déposer un rapport annuel au Parlement sur les résultats de ses activités.
Avec le consentement du plaignant — il s'agit d'un autre pouvoir —, il peut aussi déposer un recours devant la Cour fédérale, si les autres moyens n'ont pas permis de corriger les dérogations à la Loi sur les langues officielles. Les commissaires l'ont fait à plusieurs reprises au cours de l'histoire du commissariat.
En vertu de l'article 78 de la Loi sur les langues officielles, le commissaire peut également demander d'intervenir devant toute instance judiciaire dans un cas relatif au statut ou à l'usage du français et de l'anglais. C'est le cas des interventions du commissaire dans les dossiers de l'hôpital Montfort en Ontario, des fusions municipales dans la région de Montréal ou encore du statut bilingue de la Ville d'Ottawa. Parfois cela en amène certains à dire, à tort, que le commissaire intervient dans des domaines qui ne sont pas de compétence fédérale. Or, le commissaire le fait en se fondant sur sa mission, qui s'étend au développement des communautés de langue officielle et à la promotion du français et de l'anglais dans la société canadienne. Tel que mentionné précédemment, cette mission ne se fonde pas seulement sur la Loi sur les langues officielles, mais également sur le paragraphe 16(3) de la Charte canadienne des droits et libertés, qui fait référence au rôle du Parlement canadien et des législateurs, qui est de « [...] favoriser la progression vers l'égalité de statut ou d'usage du français et de l'anglais ». Ces textes établissent donc le cadre législatif suprême de notre pays en ce qui concerne les droits linguistiques des Canadiens et Canadiennes.
Que ce soit par leurs interventions devant les tribunaux, par leurs travaux de recherche sur les différents enjeux linguistiques, par leurs activités éducatives ou médiatiques, tous les commissaires ont été des promoteurs de cette valeur fondamentale qu'est la dualité linguistique canadienne. Notamment, ils se sont fait les promoteurs des droits à l'instruction dans la langue de la minorité, de l'apprentissage du français comme langue seconde, notamment chez les jeunes, ou encore des échanges entre les communautés linguistiques. Les commissaires vont chercher à créer, en quelque sorte, des conditions de progression vers l'égalité, non seulement dans les institutions fédérales, mais aussi dans l'ensemble de la société canadienne.
Un dernier pouvoir qui consacre ce rôle d'agent de changement ou de promoteur du commissaire en matière linguistique est celui qui lui permet d'office d'examiner les règlements ou instructions d'application de la loi, ou toute autre politique visant, ou susceptible de viser, le statut ou l'emploi des langues officielles. En effet, c'est un rôle novateur qui permet au commissaire d'agir en amont des changements législatifs, de manière à s'assurer que les législations proposées, qui peuvent avoir un impact sur les langues ou les droits linguistiques, tiennent compte des principes de la Loi sur les langues officielles.
Pendant mon mandat, j'ai exercé ces fonctions de vigie dans plusieurs domaines, notamment en immigration, en transport aérien et en sport. J'ai également recommandé au gouvernement de clarifier la portée de la partie VII de la Loi sur les langues officielles, ce que le Parlement canadien a finalement fait en adoptant, à tout le moins, le projet de loi qui avait été présenté par le sénateur Jean-Robert Gauthier. En agissant de la sorte, le commissaire exerce son mandat de façon proactive, afin d'aider le gouvernement et le Parlement à adopter des mesures législatives et des politiques qui respectent le mieux possible l'esprit et la lettre de la Loi sur les langues officielles.
En effet, cette approche me semble plus constructive que de critiquer après le fait accompli. En effet, le commissaire aux langues officielles a l'obligation et le devoir de prendre toutes les mesures dans le cadre de son mandat afin de régler des difficultés ou des blocages en amont avant que les citoyens et les communautés de langue officielle en fassent les frais et subissent les effets des erreurs de planification ou des ratés administratifs.
En terminant, j'insiste pour souligner qu'à titre de haut fonctionnaire du Parlement, le commissaire doit faire preuve de rigueur et d'un haut degré de responsabilité dans tous ses travaux, qu'il s'agisse de ses interventions de contrôle ou de vérification ou de ses interventions de promotion. Puisque les divers rapports du commissaire appuient et alimentent les travaux des parlementaires, vous, les députés, devez avoir l'assurance de la solidité des travaux, des recherches qui sous-tendent les différentes interventions et recommandations du commissaire. Il en va, bien sûr, de la crédibilité du titulaire du poste et de l'institution même.
Je vous remercie de votre attention. Il me fera plaisir de répondre à vos questions.
:
Bonjour, monsieur le président, et membres du comité.
[Français]
Bonjour à tous.
J'aimerais en premier lieu vous présenter mon collègue Patrick Hill, qui est directeur de la politique stratégique au Secrétariat de l'appareil gouvernemental du Bureau du Conseil privé.
Nous sommes très heureux d'être ici aujourd'hui au moment où le comité s'apprête à étudier le rôle et les fonctions du commissaire à l'environnement et au développement durable.
Tout d'abord, j'aimerais parler brièvement du rôle du Secrétariat de l'appareil gouvernemental, puis du rôle et des fonctions du commissaire tels qu'établis dans la Loi sur le vérificateur général.
[Traduction]
Un des principaux rôles du Secrétariat est de soutenir le greffier du Conseil privé et le premier ministre en leur prodiguant des conseils professionnels et non partisans concernant les grandes questions structurelles de l'organisation gouvernementale. Cela signifie donner des conseils au sujet des changements apportés à l'organisation du gouvernement, notamment la création, la modification ou la dissolution d'entités gouvernementales. Ces responsabilités sont assumées de deux façons : premièrement, en élaborant des options et des propositions qui sont ensuite soumises à l'approbation du premier ministre; deuxièmement, en exerçant une fonction d'examen critique dans le cadre de l'évaluation des propositions soumises au premier ministre.
Comme vous le savez sans doute, le cadre législatif établissant le poste de commissaire et ses fonctions est énoncé dans la Loi sur le vérificateur général.
[Français]
Le commissaire, dont le poste a été établi par une disposition législative du Parlement adoptée en 1995, est un cadre supérieur qui est nommé par le vérificateur général et qui fait partie intégrante du Bureau du vérificateur général.
[Traduction]
La loi prévoit que le commissaire doit surveiller les progrès des ministères concernant le développement durable et en faire rapport, et qu'il doit, au nom du vérificateur général, présenter un rapport annuel à la Chambre des communes sur tout sujet relatif à l'environnement et au développement durable que le commissaire considère important de porter à l'attention de la Chambre. Il faut entre autres préciser la mesure dans laquelle les ministères ont atteint les objectifs et mis en oeuvre les plans énoncés dans leurs stratégies de développement durable, le nombre de pétitions relatives à l'environnement, leur objet et leur état d'avancement, de même que l'exercice du pouvoir du gouverneur en conseil concernant les stratégies de développement durable.
Le commissaire, en tant que titulaire de charge créée par une loi travaillant au sein du Bureau du vérificateur général, dispose de la même autonomie que ce dernier. Autrement dit, le commissaire, tout comme le vérificateur général, exerce son rôle indépendamment du gouvernement en poste, et fait rapport à la Chambre des communes. En tant qu'agent du Parlement, le Bureau du vérificateur général exerce une fonction de surveillance à l'égard de l'exécutif et est directement responsable devant le Parlement de la façon dont il exécute son mandat législatif.
Nous attendons avec intérêt les délibérations du comité, y compris la perspective des personnes qui comparaîtront devant le comité pour parler du sujet à l'ordre du jour, ainsi que les résultats de l'examen interne de la vérificatrice générale concernant les pratiques de vérification de son bureau en matière d'environnement et de développement durable.
Si vous avez des questions, nous y répondrons avec plaisir. Merci.
:
À l'instar de ma prédécesseur, je considère que c'est là le principal objectif du bureau. La sensibilisation est une tâche très importante.
Je vais vous donner deux exemples qui montrent que nous avons réussi à changer les choses ou à apporter une grande contribution.
Il y a premièrement l'importante étude que nous avons menée en 1998 sur les villes et leurs citoyens. Nous nous sommes penchés sur la façon dont nous investissons dans les villes et sur la cohésion au sein des régions urbaines, où 85 p. 100 des Néo-Zélandais habitent. Entre autres, nous avons découvert qu'environ un million de dollars néo-zélandais — à cette époque il s'agissait d'environ 380 millions de dollars — étaient consacrés à la recherche sur ce qu'on appelle les systèmes des villes par l'entremise d'un fonds public. Cela semblait énorme. Nous en savions beaucoup plus au sujet de la croissance de l'ivraie que de la croissance de nos villes.
L'objectif était de faire ressortir le fait qu'il fallait accroître la recherche sur les régions urbaines, où la plupart d'entre nous vivent. Je dois dire que maintenant des dizaines de millions de dollars y sont consacrés. Nous avons donc réussi à faire changer les choses à cet égard.
Deuxièmement, nous sommes parvenus à susciter un débat important grâce à notre examen de l'intensification de l'agriculture en Nouvelle-Zélande. Chez nous, le secteur primaire est le moteur de l'économie. Le rapport que nous avons produit a provoqué tout un débat. Il a forcé de nombreuses personnes dans les secteurs public et privé à se pencher sur l'orientation stratégique du secteur primaire, qui est fondamental pour notre économie et notre bien-être. C'est parce que nous avons attiré l'attention sur ce sujet qu'il y a eu une telle réaction.
:
Selon moi, ce serait un très mauvais signal à lancer aux Canadiens que le commissaire aux langues officielles n'ait plus cette indépendance et qu'il soit considéré comme un simple employé de la vérificatrice générale. C'est une opinion très personnelle.
Monsieur Williams, vous exercez en Nouvelle-Zélande cinq fonctions. Vous avez un rôle de gardien, de promoteur, de vérificateur, d'informateur et de conseiller.
Dans un mémoire qu'elle a envoyé au Comité de l'environnement et du développement durable, Mme Gélinas, l'ancienne commissaire à l'environnement, nous rappelle que dans les faits, le rôle du commissaire à l'environnement se limite à celui de vérificateur environnemental. Elle y examine les fonctions de la commissaire aux langues officielles ou celles du commissaire à la protection de la vie privée, qui a un rôle d'enquête et de promotion.
On se rend compte que le commissaire à l'environnement a moins de pouvoir.
Monsieur Williams, compte tenu de toutes vos fonctions et malgré le fait que vous ayez un rôle de promoteur et de gardien, croyez-vous que cela a fait en sorte que le bureau du commissaire à l'environnement de la Nouvelle-Zélande a empiété sur la sphère politique?
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie les témoins.
Comme vous l'avez dit, je vais essayer de partager mon temps de parole. Pouvez-vous me faire signe lorsque cinq minutes se seront écoulées? J'ai tendance à dépasser cinq minutes et à empiéter un peu sur le temps de parole de M. Harvey, mais j'ose espérer que je serai assez bref.
Je vais m'adresser à M. Williams.
Comme vous le savez, nous tentons de voir de qui devrait relever la commissaire à l'environnement. En ce moment, elle relève du Parlement par l'entremise du Bureau de la vérificatrice générale, et je dois dire qu'elle a accompli un excellent travail au fil des ans.
Vous savez peut-être qu'en 1993, l'ancien gouvernement libéral avait promis, dans son Livre rouge, que le Bureau du commissaire à l'environnement serait indépendant, comme nous le proposons aujourd'hui. Les libéraux n'ont pas tenu cette promesse et c'est pourquoi la commissaire travaille au sein du Bureau de la vérificatrice générale.
Récemment, la commissaire à l'environnement, Mme Johanne Gélinas, a quitté ses fonctions, et c'est maintenant M. Thompson qui occupe le poste par intérim. Presque immédiatement après le remplacement de Mme Gélinas par M. Thompson — Mme Gélinas étant très respectée, à l'instar de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, les deux s'étant d'ailleurs toujours bien acquittées de leurs fonctions — les députés libéraux ont soudainement proposé que le Bureau du commissaire soit indépendant.
Vu le contexte politique actuel, on se demande pourquoi. Les libéraux ont eu l'occasion d'en faire un organisme indépendant, mais il semble qu'ils font cette proposition maintenant parce que cela fait des années que la vérificatrice générale exerce des pressions pour qu'il en soit ainsi. J'espère que ce n'est pas la raison, mais vraisemblablement, c'est possible. Voilà la situation en ce moment.
Je tiens à être précis au sujet des avantages et des inconvénients que comporte l'indépendance du commissaire. Lorsque la vérificatrice générale a comparu devant nous — comme l'avait fait son prédécesseur — elle a déclaré ceci : « Le Bureau est devenu un chef de file à l'échelle mondiale en matière de vérification environnementale. Les vérificateurs du monde entier sollicitent notre point de vue et un grand nombre d'entre eux ont suivi des cours sur la vérification environnementale qui ont été élaborés ici même au Canada. »
Elle a aussi soulevé des préoccupations dans une lettre datée du 5 février, où elle écrit : « Comme je l'ai mentionné la semaine dernière, la défense de causes et la vérification législative sont incompatibles. Les vérificateurs ne peuvent en fait ou en apparence vérifier leur propre travail. »
Nous devons donc nous demander quelle est la meilleure structure. Pouvez-vous nous donner votre point de vue? Quels sont les avantages et les inconvénients d'un commissaire indépendant du vérificateur général?
:
Je dois dire tout d'abord que je ne veux pas intervenir dans le débat qui a lieu au Canada.
Je dirais par contre que le travail du bureau fédéral est excellent. Par exemple, l'évaluation qu'il a faite en 2006 des mesures prises par le Canada à l'égard du changement climatique est extraordinaire. C'est exactement le genre de travail qu'il doit faire dans le cadre de la structure actuelle.
Il faut souligner que la vérification n'est qu'un des meilleurs moyens pour évaluer les progrès réalisés et les intentions des gouvernements. Pour qu'il puisse y avoir des progrès sur le plan de la durabilité environnementale, il vous faut plus d'une corde à votre arc. Choisissez l'analogie que vous voulez, mais il reste qu'on ne peut pas — et nul ne prétendra le contraire — avoir recours uniquement à la vérification, comme l'ont fait dans une large mesure Johanne et d'autres.
Vous devez donc vous interroger sur l'objectif du Bureau. À l'instar de ma prédécesseur, je me concentre beaucoup sur les résultats que nous tentons d'obtenir, les changements que nous voulons voir et la complexité des problèmes.
Ce que je veux souligner, c'est que nous sommes tout à fait d'accord avec votre vérificatrice générale sur le fait qu'il est nécessaire de ne pas intervenir dans l'élaboration des politiques du gouvernement. Nous ne considérons pas du tout que nous avons un rôle de conseiller à jouer auprès du gouvernement. Lorsque nous conseillons certains comités, ce que nous faisons assez régulièrement, nous indiquons très clairement qu'il s'agit de conseils à l'intention du comité et non pas du gouvernement. Si nous sentons que nous sommes en train d'embarquer dans le processus d'élaboration d'une politique d'une quelconque manière, nous prenons nos distances de façon bien nette.
En 20 ans, il n'y a jamais eu de confusion à cet égard. Est-ce que nous commentons les politiques? Tout à fait, car on ne peut pas mettre l'accent sur les résultats sans déterminer au départ si la politique en place est bonne. Bon nombre de nos documents portent sur l'efficacité des politiques et pas simplement sur son application conformément à l'intention des auteurs.
J'espère que cela répond à votre question.
:
Merci, monsieur le président.
Je relève une déclaration de Dyane Adam dans son mémoire.
[Français]
On peut lire à la page 3, et je cite :
En troisième lieu, cet article fixe le double rôle joué par le commissaire, soit ceux de protecteur et de promoteur des droits linguistiques des Canadiens et Canadiennes.
[Traduction]
Je passe maintenant à une lettre qui nous a été adressée par Mme Gélinas. On peut y lire : « Un commissaire doit pouvoir offrir une vision, une approche, une façon de faire et une direction générale. Il doit pouvoir dialoguer, inciter des activités, travailler avec les ministères autrement que par la seule voie des vérifications. »
Je présume qu'il faut se demander d'abord et avant tout si nous voulons un commissaire à l'environnement ou bien un vérificateur à l'environnement.
J'ai une question pour M. Williams et une pour Mme Santi.
Monsieur Williams, en quoi vos activités auraient-elles été différentes au cours des vingt dernières années si vous aviez été vérificateur, plutôt que commissaire?
Madame Santi, pouvez-vous concevoir que le bureau du vérificateur général puisse agir comme défenseur d'une cause, comme l'environnement, plutôt que comme une instance de vérification se penchant sur les résultats passés?
Monsieur Williams, peut-être pouvez-vous commencer. Merci.
:
Si vous parlez du rôle de défenseur des causes, je pense que c'est l'un des problèmes qui se posent. Il existe une tension entre ce rôle et la fonction de vérification. Je crois que la vérificatrice générale a traité de cette question lors de sa récente comparution devant votre comité, comme l'avait fait auparavant son prédécesseur, M. Desautels.
Du point de vue de l'appareil gouvernemental, je ne pouvais pas formuler d'avis à ce sujet étant donné que nous ne nous sommes pas vraiment penchés en profondeur sur la question, laquelle ne se posait pas encore, il y a un mois à peine. Lorsque nous devons étudier une proposition, il nous faut notamment toujours garder à l'esprit que la forme doit être assujettie à la fonction. Il faut alors poser différentes questions. Que voulez-vous? Qu'essayez-vous de faire, avec quel résultat essayez-vous de composer et quel est votre diagnostic quant aux dysfonctionnements actuels? Selon moi, si tout cela est bien clair, il devient plus facile, toujours du point de vue de l'appareil gouvernemental, de dégager les différents aspects techniques en jeu, ou les diverses possibilités structurelles pouvant permettre d'obtenir les résultats escomptés.
Il faut donc d'abord se demander quel est l'objectif visé du point de vue de l'intérêt public et quelle définition on donne à ce rôle de défenseur pour que chacun sache bien ce qu'on entend exactement par là.
Je crois que M. Williams a décrit ce rôle de défenseur de façon très intéressante dans sa déclaration. Il a indiqué qu'il s'employait en priorité à préparer le terrain pour ceux qui sont responsables de l'élaboration des politiques. Je pense qu'il faut bien cerner la teneur de ce rôle avant de pouvoir déterminer la forme qu'il pourrait prendre.
:
Je veux d'abord poser des questions à M. Williams, après quoi je pourrai m'adresser à Roberta ou Patrick s'il me reste du temps. Il est possible que mes collègues aient les mêmes interrogations.
Je dois d'abord vous dire très directement, monsieur Williams, que je constate qu'avec tout le professionnalisme et l'objectivité qu'exige votre rôle de fonctionnaire, vous nous avez fait grand état des avantages associés à l'indépendance du commissaire par rapport au vérificateur général ainsi qu'à son rôle de défenseur des causes, et plus précisément à l'élargissement de ce rôle.
En réfléchissant bien, pourriez-vous nous indiquer si certains intervenants font valoir — et vous êtes probablement en désaccord avec eux, ce que je comprends parfaitement — sur les tribunes publiques de la Nouvelle-Zélande qu'il y a certains inconvénients, certains aspects négatifs, à cette indépendance de votre fonction par rapport au vérificateur général? Par ailleurs, est-ce qu'il y a des dénigreurs, si vous me permettez l'expression, qui pourraient laisser entendre que le rôle de défenseur des causes comporte certains désavantages?
Il est possible que cela exige un effort de réflexion de votre part, parce qu'il va de soi que vous avez plutôt tendance à voir les aspects positifs. Mais est-ce que certains intervenants exposent de tels inconvénients sur les tribunes publiques? Il est possible que je pose la question à la mauvaise personne, mais j'essaie quand même en espérant qu'en votre qualité de fonctionnaire objectif, vous pourrez nous faire part de quelques critiques formulées par d'autres, lesquelles vous allez vous empresser, bien évidemment, d'écarter.
:
Je dois préciser au départ que la question de notre intégration au bureau du vérificateur ne s'est jamais posée, parce que nous n'en avons jamais fait partie. C'est peut-être un aspect qui a échappé au processus de réflexion en Nouvelle-Zélande. Nous n'avons jamais songé à ce modèle, parce que nous avions un bureau du vérificateur, un bureau de l'ombudsman, et nous avons créé un commissariat à l'environnement. Alors, nous n'avons jamais débattu de cette possibilité.
La seconde partie de votre question vise en plein dans le mille. Y a-t-il un débat quant au rôle et en faisons-nous suffisamment à certains égards? Il va de soi qu'il en a été question.
Nous nous sommes notamment demandé s'il convenait de concentrer davantage nos efforts sur les grands systèmes et si nous devrions ou non jouer ce rôle de défenseur. Au fil de ce débat, la balance a effectivement penché dans un sens et dans l'autre.
Devrions-nous travailler de façon plus ciblée en nous penchant en profondeur sur certaines questions particulières, comme les mesures législatives touchant la gestion de l'eau, un sujet dont nous avons souligné l'importance, ou faut-il plutôt que nous nous intéressions davantage aux grands systèmes? Devrions-nous examiner de plus près les préoccupations soulevées par les citoyens? Il s'agit parfois de préoccupations très précises sur des questions qui n'ont pas nécessairement une grande portée.
Le débat connaît donc des hauts et des bas. Mais en fin de compte, lorsqu'une loi comme celle-ci crée un bureau comme celui-ci, si on veut qu'il travaille en toute indépendance, il sera inévitablement façonné par les compétences du commissaire désigné pour le diriger. C'est la nature même de ce type de mandat où le commissaire met à contribution ses capacités personnelles pour diriger son équipe de travail.
Au cours de mes 10 années de mandat, j'ai également travaillé à l'élaboration d'une série de plans stratégiques. Nous avons ainsi réuni un éventail très varié de citoyens néo-zélandais fortement intéressés à apporter une contribution à ce niveau. Nous avons d'ailleurs déjà obtenu la participation de vos commissaires canadiens dans le cadre de ce processus. Nous avons donc produit une série de plans stratégiques quinquennaux qui établissent un cadre d'intervention tout en signalant à la société néo-zélandaise, en même temps qu'à notre Parlement, les dossiers que nous estimons stratégiques, ainsi que les différentes composantes qui s'y rattachent, en vue d'une utilisation optimale de nos ressources très restreintes.
Voilà donc d'une certaine manière un mode de consultation qui nous permet d'étendre le débat avec les Néo-Zélandais relativement à nos activités, nos modes de fonctionnement et l'efficacité de notre travail.
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Ces recommandations ont été accueillies avec un très grand enthousiasme, surtout par les gouvernements locaux de Nouvelle-Zélande; ainsi, on a donné suite à bon nombre de nos propositions et beaucoup de dossiers ont commencé à évoluer. Il s'agissait en quelque sorte d'une habilitation du pouvoir exécutif et des élus au sein des gouvernements locaux.
Au niveau du gouvernement central, nos recommandations se sont principalement traduites par une réorientation des fonds de recherche vers tous les secteurs entourant les villes et les localités de même que tous les paliers d'intervention à cet égard; il s'agissait de se pencher sur la situation des villes dans une perspective de durabilité. Nous avons soulevé différentes préoccupations au sujet des éléments de ce contexte comme, par exemple, les interconnexions entre mobilité et utilisation du territoire, toutes les questions reliées à l'eau, qu'elle soit potable ou traitée. Nous avons par la suite mené une autre étude qui a été rendue publique sous le titre Ageing Pipes and Murky Waters.
En examinant l'ensemble de nos rapports, vous constaterez que nous avons toujours pris bien soin de caractériser adéquatement la nature de nos interventions. Par exemple, lorsque nous nous sommes penchés sur l'apport des sciences aux politiques environnementales, le titre du rapport parlait de chaînons manquants. Lorsque nous nous sommes intéressés aux instruments économiques aux fins de la gestion des déchets, nous avons parlé d'un changement de comportement.
Pourquoi est-ce que je vous dis tout cela? Parce que c'est un aspect de notre travail où nous devons nous montrer efficaces. Il nous faut parvenir dès le départ à gagner les coeurs et éveiller les esprits de manière à ce que des gens de tous les secteurs s'accaparent de ces questions et prennent le relais. C'est un processus d'habilitation.
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Monsieur le président, je veux revenir à un commentaire tout à fait conforme à la réalité, soit celui formulé par le lorsqu'il a découvert que Mme Gélinas qui travaillait au sein de ce bureau, avait quitté ses fonctions, tout en étant simultanément remerciée de ses services, comme nous l'a dit la vérificatrice générale dans son témoignage. Le ministre de l'Environnement a dit que le travail de Mme Gélinas avait été si impressionnant qu'elle devrait être décorée de l'Ordre du Canada. Je suis d'accord avec lui.
J'aimerais maintenant vous faire lecture, au bénéfice de tous les Canadiens, de quelques-uns des passages importants de la lettre que Mme Gélinas a adressée à notre comité. Je pense qu'il s'agit là d'observations très intéressantes au moment où nous nous apprêtons à mettre cette motion aux voix. Elle parle du mandat d'autres commissaires, ce qui inclut celui qui a comparu devant nous aujourd'hui. Je la cite :
Si l'on examine les autres fonctions de commissaires au Canada (langues officielles, éthique, information, protection de la vie privée, etc.), on trouve qu'en plus d'une fonction d'enquête, ces commissaire ont pour mission de promouvoir et d'encourager de meilleures pratiques, sans pour autant sombrer dans un rôle de défenseur.
Elle poursuit avec les observations suivantes :
Le fait de nicher le poste de commissaire au sein du Bureau du vérificateur général n'avait pas pour objectif de contraindre sa mission et son rôle à ceux d'un vérificateur. Toutefois, c'est ce que la fonction est devenue.
Voici ce qu'elle écrit ensuite :
Les récentes orientations prises par la vérificatrice générale, Mme Frasier--qui visaient entre autres à intégrer le travail du groupe du Commissaire à l'environnement et au développement durable à ses rapports et ainsi faire disparaître le rapport du commissaire tel qu'on le connaît depuis la création du poste, m'amènent à croire que le risque est maintenant réel et que ce fragile équilibre sera rompu.
Je crois que l'élément le plus révélateur de sa lettre est peut-être le suivant :
Un commissaire doit pouvoir offrir une vision, une approche, une façon de faire et une direction générale. Il doit pouvoir dialoguer, inciter des activités, travailler avec les ministères autrement que par la seule voie des vérifications.
Et elle écrit enfin, et j'invite tous les députés à prêter une oreille attentive, surtout ceux qui tiennent son travail en si haute estime :
Si le Canada veut que le Commissaire à l'environnement et au développement durable exerce pleinement son rôle, il doit devenir indépendant du Bureau du vérificateur général du Canada, car les deux mandats sont incompatibles.
Je dois dire en terminant, monsieur le président, que je suis d'accord avec la déclaration de Mme Gélinas. Il est malheureux qu'elle n'ait pas pu être des nôtres aujourd'hui, mais je tiens à la remercier, au nom de tous les membres du comité, pour le travail exceptionnel qu'elle a accompli au cours de ses six années de mandat, de même que pour la grande lucidité de ce message direct qu'elle envoie à tous les Canadiens.
Merci, monsieur le président.
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Madame Adam a bien indiqué, à titre de commissaire aux langues officielles, que toutes les personnes relevant de la vérificatrice générale étaient bel et bien indépendantes, et que la classe politique ne s'ingérait ni dans leurs rapports ni dans leurs activités.
Au cours des six dernières années, Mme Gélinas a toujours réussi à faire du très bon travail, ce qui a été reconnu par tous les partis, que ce soit le NPD, le Bloc québécois, le Parti libéral ou le Parti conservateur. Le problème s'est présenté le jour où Mme Gélinas a peut-être... Ce qui est arrivé, on ne le saura jamais exactement, compte tenu de l'entente qui existe entre Mme Fraser et Mme Gélinas.
Encore aujourd'hui, je ne suis pas convaincu de la nécessité de déplacer ce poste, étant donné qu'au cours des dernières années, on a toujours obtenu de bons résultats et que tout le monde s'entend à ce sujet. Aujourd'hui, les libéraux proposent de changer la méthode. Pour moi, ce n'est pas tant une question qu'un point de vue. Je ne suis pas convaincu du bien-fondé de la motion des libéraux; je vous le dis très sincèrement.
Pour ce qui est du rapport de Mme Gélinas, sans dire qu'on ne peut pas lui accorder de crédibilité, il faut admettre qu'il ne peut pas être totalement objectif, étant donné que Mme Gélinas est soit la victime, soit la cause de l'histoire.
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Merci, monsieur le président.
Tous s'entendent pour dire que le rôle du commissaire à l'environnement se limite à de la vérification environnementale. La question qu'il faut se poser aujourd'hui est la suivante: devons-nous élargir les pouvoirs du commissaire à l'environnement? Devons-nous lui donner plus d'indépendance relativement à la vérificatrice générale du Canada?
Deux modèles nous ont été présentés. Dans le cas de la Nouvelle-Zélande, le commissaire à l'environnement joue non seulement le rôle d'un vérificateur, mais aussi celui de promoteur, de gardien et de conseiller. On peut considérer ce que l'élargissement des fonctions et des pouvoirs consentis aux commissaires, que ce soit aux langues officielles ou à la protection de la vie privée, a donné comme résultat jusqu'à maintenant.
Mme Adam nous a dit clairement que le renforcement du rôle du commissaire aux langues officielles avait eu pour effet d'améliorer les droits linguistiques au Canada. Il faut donc se demander si on veut que le commissaire à l'environnement se limite à un simple rôle de vérification de la gestion ou qu'il joue un rôle comparable à celui du commissaire aux langues officielles.
Compte tenu que la protection de l'environnement est une valeur et un enjeu importants tant dans la société québécoise que canadienne, il faut accorder au commissaire à l'environnement ce rôle de promoteur et de gardien. Le comité et les parlementaires ont la responsabilité de prendre position à ce sujet. Mme Adam a dit clairement que c'était aux parlementaires de prendre cette décision.
Si on estime que la protection de l'environnement est une valeur importante dans notre société, il faut être conséquent et donner plus de pouvoir au commissaire à l'environnement. C'est la raison pour laquelle je voterai en faveur de la motion qui nous est présentée.
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Merci, monsieur le président.
J'aimerais que nous en revenions au sujet de nos discussions, à savoir le rôle du commissaire. Il est bien évident que son indépendance est un élément clé.
J'ai interrogé dans un but bien précis notre ami de la Nouvelle-Zélande concernant l'approche autoritaire et la façon dont il percevait son rôle. Je lui ai donc demandé de nous fournir quelques exemples de dossiers sur lesquels il a travaillé au cours des 10 dernières années. A-t-il besoin de pouvoirs supplémentaires? Non. S'est-il servi de son rôle pour s'en prendre à des individus? Non. Il nous a dit que son rôle consistait, entre autres, à agir comme protecteur de l'environnement, bien évidemment, et à animer les débats publics à ce sujet en Nouvelle-Zélande.
Il faut bien se rappeler qu'il s'agit d'un rôle différent. Si nous considérons les exemples du Royaume-Uni, avec sa Commission du développement durable, l'approche des questions environnementales et du rôle de commissaire est la même; il ne suffit pas d'examiner la situation comme s'il s'agissait d'un grand chiffrier pour déterminer combien d'argent a été dépensé et à quelles fins. La question est beaucoup plus vaste.
Je pense que c'est dans cette optique que nous devons examiner le rôle du commissaire à l'environnement, comme mon ami M. Bigras l'a indiqué. Autrement dit, nous parlons d'un système pour lequel les mécanismes traditionnels de reddition de comptes du gouvernement ne suffisent pas; le commissaire doit jouir d'une indépendance accrue pour pouvoir travailler efficacement.
J'exhorte mes collègues à appuyer cette motion en mettant de côté les préoccupations partisanes que pourrait leur inspirer sa provenance. En sachant que les libéraux en ont déjà fait la promesse, vous pouvez vous réjouir un peu de les voir revenir à la charge pour essayer de rattraper le temps perdu; alors, votez en faveur de cette motion. Pour reprendre les termes d'un de mes commettants qui déjà été cité tout à l'heure, M. MacNeill, nous avons vraiment besoin d'un commissaire fort, efficace et indépendant, et ce besoin n'a jamais été aussi criant. Il est temps de passer à l'action, d'adopter cette motion et de mettre ces propositions en oeuvre.
Je vous remercie.