Je vous remercie de me donner l’occasion de parler des centres culturels et des districts culturels au Canada.
La Coalition canadienne des arts est un mouvement de collaboration non partisan dirigé par un groupe d’organismes nationaux de services artistiques et d’organismes membres. Collectivement, nous représentons des milliers d’artistes et des centaines d’organismes artistiques partout au pays.
Aujourd’hui, nous aimerions souligner le besoin de logements abordables pour les artistes dans les districts culturels, la nécessité d’une meilleure coordination entre le gouvernement fédéral et les provinces en matière d’infrastructure culturelle et le besoin de financement précis pour l’entretien des espaces culturels anciens et nouveaux.
L’an dernier, la Coalition canadienne des arts a été rassurée de voir que sa recommandation sur la Journée des arts concernant le Fonds du Canada pour les espaces culturels avait été incluse dans le budget de 2017. Comme vous le savez, le Fonds pour les espaces culturels est un mécanisme idéal pour aider les organismes artistiques à rénover de vieilles infrastructures et à entreprendre des études de faisabilité pour de nouveaux bâtiments. De plus, la coalition s’est réjouie de l’affectation de 1,3 milliard de dollars à des infrastructures culturelles et récréatives dans le cadre du plan Investir dans le Canada.
J’aimerais d’abord vous parler de la valeur des districts culturels dans les villes créatives. Les artistes travaillent dans des conditions précaires et sont mal rémunérés, même au plus fort de leur carrière. Les artistes et les travailleurs culturels canadiens ont un niveau de scolarité beaucoup plus élevé que l’ensemble de la population active, mais leur revenu moyen est inférieur de 32 % celui des autres travailleurs. Les artistes sont aussi beaucoup plus susceptibles d’être des travailleurs autonomes et d’occuper plusieurs emplois. Les difficultés économiques sont particulièrement importantes pour les artistes qui prennent leur retraite, qui n'ont pour la plupart pas pu épargner en vue de leur retraite.
Malgré ces difficultés économiques, les artistes sont largement reconnus comme des catalyseurs de la création et de la revitalisation des lieux. L’organisme de défense d'intérêts Americans for the Arts soutient que les districts culturels contribuent à « renforcer les économies locales, à créer un sentiment d’appartenance accru et à renforcer les capacités culturelles locales ». En effet, une étude triennale menée par la Knight Foundation et Gallup a révélé que l’esthétique et les offres sociales, qui comprennent une vie nocturne dynamique, des endroits où rencontrer les gens, et des possibilités artistiques et culturelles, figuraient parmi les prédicteurs les plus solides d’un sentiment d’attachement à sa collectivité. De même, des études canadiennes menées par l’Association canadienne des organismes artistiques et les Fondations communautaires du Canada ont révélé que les espaces et les programmes culturels contribuent à créer un sentiment de fierté et d’appartenance à la collectivité locale.
Lorsque des artistes s’établissent dans un quartier, ils contribuent à son dynamisme et à son attrait, mais cette belle histoire est souvent de courte durée. Bientôt, les entreprises locales commencent à prospérer, de nouvelles entreprises s’installent, les valeurs foncières augmentent, et les artistes sont chassés de la région en raison de la hausse vertigineuse de la valeur des propriétés, des taxes municipales et des loyers. Cette histoire d’embourgeoisement est trop courante dans les centres urbains, mais des districts culturels bien planifiés et polyvalents pourraient résister à l’embourgeoisement et soutenir le rôle central des artistes dans la ville créative.
En réaction à ce problème, quelques ensembles de logements abordables pour les artistes actifs ou retraités ont été construits dans la dernière décennie. Le Performing Arts Lodge à Vancouver, le Performing Arts Lodge et l’Artscape Triangle Lofts à Toronto, la coopérative d’habitation Lezarts et la coopérative d’habitation Cercle Carré à Montréal, ainsi que le projet Sherpa à Québec en font partie.
Ces villes reconnaissent le rôle de premier plan que la culture doit continuer de jouer dans le développement du centre-ville en appuyant ces projets d’habitation. Cependant, le logement abordable pour les artistes n’existe toujours que dans les grands centres urbains, et le nombre d’unités disponibles reste insuffisant par rapport à la demande. Certains projets combinent des logements ainsi que des studios, des salles de répétition et des salles de spectacle, offrant aux artistes des conditions de vie et de travail abordables.
La Coalition canadienne des arts recommande la construction d’un plus grand nombre de logements abordables, y compris des infrastructures mixtes pour les artistes canadiens afin de créer des districts culturels plus durables et vitaux.
Ensuite, j’aimerais demander à Kate Cornell de parler de l’importance de plusieurs niveaux de financement pour les projets de centres culturels.
Je suis désolée de ne pas pouvoir être avec vous en personne aujourd’hui.
Comme des représentants du ministère du Patrimoine canadien vous l’ont déjà dit, le Fonds du Canada pour les espaces culturels a réussi à appuyer des projets de rénovation de petite et de moyenne envergure, mais il n’a pas la capacité de soutenir des projets de grande envergure.
Le Fonds pour les espaces culturels peut contribuer à l’élaboration initiale de grands projets d’immobilisations, les aider dans leurs études de faisabilité et les préparer à la mise en chantier. Ensuite, les ententes bilatérales prévoient les ressources pour mener ces grands projets à terme.
En consultation avec nos collègues provinciaux d’ArtsBuild Ontario, nous avons appris que la collecte de fonds pour l’infrastructure culturelle est imprévisible et incohérente, selon la région et la province. Comme il n’y a pas beaucoup de programmes parallèles au Fonds du Canada pour les espaces culturels à l'échelon provincial, les organismes artistiques se retrouvent dans une situation précaire où ils font pression sur les gouvernements provinciaux pour obtenir des fonds de contrepartie discrétionnaires pour leurs projets d’infrastructure culturelle. À l’heure actuelle, les ententes bilatérales constituent la seule indication réglementaire dont les provinces ont besoin pour envisager des projets de centres culturels. En conséquence, la Coalition canadienne des arts recommande qu'il soit obligatoire de façon permanente que les futures ententes bilatérales provinciales prévoient un vaste examen des nouveaux projets culturels.
En plus des difficultés avec les provinces, le gouvernement fédéral doit mieux communiquer avec les municipalités au sujet de l’infrastructure culturelle. De nombreuses municipalités canadiennes sont très conscientes de l’importance de la culture dans le développement durable et ont donc élaboré des politiques et des plans culturels municipaux complexes.
Par exemple, de nombreuses municipalités affectent 1 % de chaque dollar dépensé en infrastructures publiques aux commissions d’art public afin d’améliorer leur environnement bâti, de rendre leurs villes plus attrayantes pour les touristes et d’améliorer la qualité de vie des citoyens. Les municipalités jouent un rôle essentiel dans le développement des districts culturels. Il est donc essentiel que le gouvernement fédéral communique avec les municipalités au sujet des infrastructures culturelles.
Malheureusement, le financement municipal est inégal, surtout dans les collectivités mal desservies. En consultation avec nos collègues, la Coalition a entendu parler de la nécessité d’avoir plus d’espaces artistiques et de centres culturels dans les communautés rurales et éloignées, parmi les minorités francophones, et surtout dans les communautés autochtones.
Mardi par exemple, vous avez entendu nos collègues de Qaggiavuut, au Nunavut. Le projet de centre des arts de la scène au Nunavut est un excellent exemple des besoins urgents qui existent dans les collectivités mal desservies. En conséquence, la Coalition recommande que le Fonds du Canada pour les espaces culturels continue d’accorder la priorité aux collectivités mal desservies.
Ensuite, nos collègues qui dirigent des centres culturels et communautaires contribuent au sentiment d’appartenance dans de nombreux centres urbains. La Coalition aimerait signaler que bon nombre des centres existants, y compris le centre de danse de Vancouver, ont de la difficulté à maintenir leurs activités. Les coûts d’électricité et de chauffage font qu’il est coûteux d’exploiter ces centres vitaux, surtout lorsque les bâtiments comprennent des théâtres, des galeries et des studios, qui ont des besoins uniques et spécialisés en chauffage et en éclairage. C’est une lacune du régime de financement que les membres de la Coalition veulent signaler au gouvernement.
En conclusion, la Coalition canadienne des arts tient à remercier le Comité permanent du patrimoine canadien de lui donner l’occasion de s’exprimer sur le grand sujet complexe des centres culturels et des districts culturels.
La Coalition voit ses collègues des grands organismes artistiques réussir à construire des centres culturels dans les centres urbains, mais elle n’offre pas aux organismes artistiques de taille moyenne ou plus petite la possibilité de créer leurs propres carrefours d’innovation.
En pratique, le financement du Fonds du Canada pour les espaces culturels ne peut être pleinement efficace que si les municipalités et les provinces y adhèrent.
La Coalition canadienne des arts suggère respectueusement que le gouvernement fédéral envisage de favoriser la création de districts culturels et de villes créatives chaque fois qu’il investit dans les infrastructures.
Merci beaucoup.
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Merci beaucoup, madame la présidente, et membres du Comité. Je suis heureuse d’être ici.
C’est un honneur pour moi de prendre la parole aujourd’hui au nom de la Fondation McConnell. Le moment de mener une telle étude ne pourrait pas être mieux choisi. De nombreux signes indiquent que nous sommes à un moment de transformation dans la façon dont nous créons collectivement nos collectivités, nos villes et même notre société, et les centres et districts culturels ont un rôle vital à jouer dans cette transformation.
C'est un honneur pour moi de prendre la parole aujourd'hui au nom de la Fondation McConnell. Le moment de mener une telle étude ne pourrait pas être mieux choisi. De nombreux signes indiquent que nous sommes à un moment de transformation dans la façon dont nous créons collectivement nos collectivités, nos villes et même notre société, et les centres et districts culturels ont un rôle vital à jouer dans cette transformation.
À titre d’information, McConnell est une fondation philanthropique canadienne privée qui élabore et applique des approches novatrices pour relever les défis sociaux, culturels, économiques et environnementaux. Nous accordons des subventions et des investissements, renforçons les capacités, réunissons les bénéficiaires de subventions, les partenaires et le public, et organisons la création conjointe.
Nous envisageons un Canada où l’économie et les systèmes sociaux amélioreront le bien-être de tous. Nous sommes déterminés à favoriser la réconciliation entre les peuples autochtones et non autochtones, et nous cherchons à libérer les ressources et la créativité des personnes et des organisations de tous les secteurs pour résoudre les problèmes sociaux.
Les arts et la culture sont indissociables de notre travail, particulièrement dans nos initiatives autochtones et dans le travail que je dirige, nos initiatives municipales, et c’est là-dessus que portera mon témoignage.
Des villes pour tous et Future Cities sont deux des initiatives que je dirige. Des villes pour tous vise à favoriser l’innovation urbaine inclusive de manière à contribuer au bien-être et à une plus grande égalité pour tous. Nous considérons que les centres culturels sont essentiels à cet égard, et par « innovation urbaine inclusive », nous entendons l’inclusion sociale ainsi que l’inclusion de toutes les formes d’innovation, de science, de technologie, d’ingénierie, et ainsi de suite. L’innovation sociale est à la base de tout cela.
Si nous avions un saint patron, ce serait Jane Jacobs. C’est elle qui a dit que les villes ont la capacité d'offrir quelque chose à tout le monde, seulement parce que, et seulement lorsqu’elles sont créées par tout le monde.
En 2004, Richard Florida a écrit que la classe créative était un moteur clé du développement économique. Ce que l’on n’avait pas prévu, c’est à quel point cette croissance serait inégale, et ses plus récentes réflexions dans The New Urban Crisis montrent qu’il y a une tendance à la hausse rapide de l’inégalité urbaine, en particulier dans les villes plus innovantes sur le plan technologique.
Pire encore, cette tendance est souvent perçue comme inévitable, mais nous pensons que cela devrait être exactement le contraire, c’est-à-dire que l’innovation technologique maintenant possible à notre ère numérique devrait favoriser l’innovation sociétale qui libère la créativité des artistes et de l’ensemble des gens pour favoriser une plus grande égalité des chances.
Les centres culturels ne peuvent pas être des espaces de collaboration uniquement pour la classe créative. Ils ont l’occasion de démocratiser les espaces. Sharing Cities, le livre corédigé par l’un de nos membres actuels de l'initiative Des villes pour tous de McConnell, Julian Agyeman, préconise de voir la ville comme un bien commun. Par cela, nous voyons la ville comme une ressource partagée qui est génératrice et qui produit des biens pour répondre aux besoins humains et pour assurer l’épanouissement de l’humanité.
La ville comme bien commun signifie que la ville est un espace de collaboration dans lequel les citadins sont des acteurs centraux de la gestion et de la gouvernance de la vie urbaine et des ressources urbaines, allant des bâtiments et des espaces ouverts aux infrastructures de quartier et aux réseaux numériques.
Grâce à plusieurs de nos stratégies pancanadiennes de mobilisation municipale et à nos processus d’écoute, nous avons appris que ces idées trouvent écho chez les Canadiens. Cela revient à dire que l’importance de nos biens communs urbains a été soulignée haut et fort, tout comme l’importance de l’aménagement des lieux et la contribution de nos actifs municipaux à l’amélioration de la vie urbaine.
Par actifs municipaux, nous entendons les bibliothèques, les écoles, les bureaux de poste, les théâtres, les églises et les parcs qui constituent l’épine dorsale d’une ville, et où nous faisons ensemble ce que nous ne pouvons pas faire seuls. Toutefois, ces espaces sont souvent désaffectés, sous-utilisés et prêts à être réutilisés et connectés de nouvelles façons que nous pouvons exploiter à l’ère numérique, non seulement pour renforcer la résilience communautaire dans la vie de tous les jours, mais aussi pour devenir des ressources plus importantes en cas de catastrophe.
J’aimerais vous donner quelques exemples, parce que ces biens communs municipaux ou ces centres et districts culturels représentent très précisément une occasion extraordinaire de recréer et de réinventer nos villes et nos collectivités.
Bien sûr, nous connaissons tous un district culturel quintessentiel du Canada à Montréal, reconnu même à l'échelle internationale. Je suis sûr que le Comité le sait bien, alors je ne m’y attarderai pas, mais je serai heureux de répondre à vos questions.
Dans les autres exemples, je vais me concentrer sur les centres culturels, qui représentent en grande partie un potentiel inexploité, en ce sens qu’ils renferment des éléments centraux pour façonner la ville future. Les exemples que je vais vous donner proviennent principalement de Toronto et de Montréal, mais les approches sont largement applicables dans les collectivités à l'échelle du pays.
Les centres culturels favorisent la collaboration et l’innovation entre de multiples disciplines dans les secteurs de l’innovation créative et sociale. Ils se trouvent à des endroits tangibles comme Evergreen Brick Works à Toronto, ou les jardins du stade olympique de Montréal par La Pépinière, Espaces Collectifs.
Ces espaces représentent la participation municipale, les services de quartier et la résilience communautaire dans la vie de tous les jours et aussi en période de crise. Les centres culturels peuvent stimuler et encourager les jeunes entrepreneurs créatifs, comme les Ateliers créatifs à Montréal et Artscape à Toronto et à Vancouver. Ils peuvent aider les petites entreprises en démarrage, comme le Centre d’innovation sociale et La Pépinière le font. Ils peuvent accueillir des événements majeurs comme Brick Works et le nouveau centre Future Cities qui est en construction. Ils peuvent constituer des espaces de création non cartographiés et facilement accessibles, comme le réseau Art Hives.
Les centres sont situés dans les quartiers. Ils peuvent avoir une incidence régionale et incorporent souvent des aspects qui sont accessibles au public. Ils peuvent comprendre des installations permanentes et des utilisations éphémères, à l’intérieur ou à l’extérieur, et ils nécessitent une vision mobilisatrice. Les centres culturels peuvent être des actifs municipaux essentiels qui composent les éléments constitutifs de nos futures villes et collectivités.
Je vais vous donner rapidement quelques exemples.
Il s’agit d’une académie de création de lieux. C’est un exemple de formation pour les citoyens et d’accueil des réfugiés. Elle a été construite collectivement par des résidants locaux l’été dernier.
Cet arbre à souhaits consiste à écouter les enfants et leurs rêves pour la ville. C’est un mini-centre qui peut être transporté à plusieurs endroits.
Le Village au Pied-du-Courant est un centre culturel qui joue un rôle dans le soutien, la connexion et les conditions de croissance et d’expansion des microentreprises culturelles. L’été dernier, quelques microentreprises ont été incubées. Parmi celles-ci, une petite ferme de grillons pour produire des aliments à forte teneur en protéines, et une entreprise de culture de fleurs indigènes offrant des solutions de rechange à l’importation de fleurs fraîches.
Le projet MR-63 fera l’objet d’essais cet été. C’est une expérience de métros désaffectés qui seront utilisés comme espaces culturels.
Le laboratoire éphémère consiste à jumeler des espaces sans personne à des personnes sans espace. C’est ainsi que le programme Futures Cities Montréal est déployé.
Nous avons lancé ce centre Future Cities il y a quelques semaines. Il s’agit d’un partenariat multisectoriel unique entre la Ville de Montréal—vous voyez la mairesse Valérie Plante sur cette photo—, McConnell Entremise et la Maison de l’innovation sociale. Une nouvelle politique municipale a rendu cette initiative possible. Le nouveau plan d’action de la Ville pour le patrimoine englobe l'engagement d'offrir des bâtiments inoccupés appartenant à la Ville comme actifs de service communautaire pour ces centres.
Les centres culturels peuvent comporter une variété de modèles d’affaires, de personnes et de secteurs. Le Salon 1861 combine le magnifique espace spécial d’une ancienne église avec un espace de travail, un centre communautaire et un restaurant. Il s’agit maintenant officiellement du deuxième Impact Hub au Canada, qui fait partie du réseau mondial de plus d'une centaine d'Impact Hubs. Le premier a été établi ici, à Ottawa, en partenariat avec les Fondations communautaires du Canada.
Les nombreux centres d’innovation sociale de Toronto se sont révélés essentiels à la vie sociale, culturelle et économique de la ville.
Cette photo montre ce que l’on appelle le bâtiment du « four » de l’Evergreen Brick Works, avec Geoff Cape, fondateur et chef de la direction d’Evergreen, qui décrit sa vision du rôle de centre d’ancrage de Future Cities Canada. Cet espace, financé en partie par Patrimoine canadien, sera inauguré plus tard cette année. Future Cities est une nouvelle infrastructure de collaboration que nous construisons pour accélérer l’innovation afin de transformer les villes au profit de tous. Les parties fondatrices sont Evergreen, McConnell, les Fondations communautaires du Canada et la Maison de l’innovation sociale.
Nous puisons une partie de notre inspiration internationale dans les centres de Fab City à Barcelone, où des centres de création de lieux, des espaces de création, des centres d’éducation et des « laboratoires populaires » se réunissent pour encourager l’engagement municipal dans des centres accessibles au public, au service des quartiers et à la création de villes.
Future Cities Canada inclura une stratégie pour un réseau de centres culturels partout au pays, en commençant par ces centres d’ancrage à Montréal et à Toronto, ici à Ottawa, et très bientôt dans d’autres villes.
Enfin, la vision d’un centre culturel unique est une agglomération d’activités. Participatory City, à Londres, est en train de construire un réseau de quartier à titre de centre culturel.
J’aimerais conclure avec trois recommandations. Premièrement, nous nous réjouissons de la participation du gouvernement fédéral au réseau des centres Future Cities, que je viens de décrire comme réseau de centres culturels partout au pays. Deuxièmement, nous recommandons la création d’un fonds de développement des actifs municipaux pour les centres culturels ou d’autres structures incitatives, à l'instar des crédits d’impôt historiques offerts aux États-Unis et du programme ArtPlace aux États-Unis, pour ne nommer que ceux-là.
Troisièmement, nous recommandons de mettre en place des stratégies numériques et de données qui permettront de relever certains de nos défis actuels et de réfléchir à la façon de mieux démocratiser les actifs de données.
Merci.
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Je vous remercie de votre invitation.
Je vais tenter de répondre à vos questions en vous présentant d'abord un modèle qui existe depuis 25 ans. Des fois, j'ose dire que je suis la grand-mère du numérique au Québec.
La Société des arts technologiques, ou la SAT, se voit aussi aujourd'hui comme un modèle d'économie sociale. Je ferai une présentation rapide sur cet aspect de la SAT. Le deuxième volet sera une suggestion pour revenir à la question du jour, à savoir comment on fait ce grand réseau canadien. Finalement, je donnerai quelques informations sur le volet plus économique de la SAT.
La SAT a été fondée en 1996. Dès sa fondation, la SAT avait trois missions: la création, la recherche et la formation en arts numériques. Dès le début donc, nous interpellions déjà la nouvelle génération de créateurs chercheurs à l'heure du numérique. J'insiste sur « créateurs chercheurs », parce qu'on oublie trop souvent que le domaine artistique, qui est aussi un domaine de recherche, appartient aux sciences sociales. Il ne faut donc pas oublier que les arts sont un domaine de recherche.
Je vous ai distribué une carte postale de la SAT. À l'endos, vous pouvez voir les différents espaces et les diverses activités qu'on y tient.
C'était un marché abandonné situé sur le boulevard Saint-Laurent, en face du Monument National. Quand j'ai ouvert la porte, il y avait 600 pigeons morts gelés. Personne n'en aurait jamais voulu, mais il faut dire qu'à l'ère du numérique, souvent et partout dans le monde, on voit des initiatives et des projets qui viennent aussi à la rencontre du patrimoine.
Nous avons eu le double mandat d'ouvrir le premier projet, qui lançait aussi le Quartier des spectacles, en amenant avec nous toute cette nouvelle génération d'artistes nés avec le numérique et qui travaillent aujourd'hui avec ces formes artistiques.
En 2011, nous avons ajouté le dôme, ou la Satosphère, qui est un écran de projection. Il y a un restaurant à cet étage. On parle de mouvement localivore, c'est-à-dire d'une cuisine qui utilise des produits de producteurs régionaux. Il y a aussi l'administration et la production. De plus, j'attire votre attention sur le fait qu'un centre de recherche, un centre de production et un centre de formation sont aussi installés dans nos murs.
À quoi la SAT et ces centres servent-ils aujourd'hui? À mon avis, nous sommes exactement là où l'on interpelle l'innovation, c'est-à-dire que nous sommes situés entre les universités et les industries. Aujourd'hui, quand un jeune sort de l'université, il lui faut une première chance et un premier emploi. Il lui faut un endroit où il trouvera des gens, des outils, des installations et un contexte, et la SAT est ce lieu d'accueil pour ces jeunes finissants. C'est aussi un lieu de réseautage, puisque c'est là qu'ils trouvent des collègues avec lesquels ils voudront démarrer des compagnies.
Quand je dis que je suis la grand-mère, c'est parce que c'est aussi à la SAT qu'est née Moment Factory et que des artistes ont fondé C2 Montréal et d'autres compagnies. C'est très important d'avoir ces lieux, qui sont aussi des lieux physiques où les gens peuvent se rencontrer. On parle du virtuel et du numérique, bien sûr, mais il demeure que, pour faire des enfants, il faut encore se rencontrer.
La SAT a une reconnaissance, car c'est aussi là qu'on y trouve des modèles. Beaucoup de jeunes retournent aux études supérieures après être venus à la SAT. On sait que le Québec manque d'étudiants qui poursuivent des études supérieures. La SAT est cet espace d'innovation et d'incubation qui se situe entre ces deux grands secteurs.
On parle aussi d'économie circulaire. Là encore, nous accueillons des activités de création, de recherche, de formation, de production et de diffusion, puis nous archivons le tout. On peut voir que la SAT est un modèle qui se nourrit. Je reviens là-dessus. Évidemment, nous faisons aussi partie de cette grande famille de hubs.
Nous avons trouvé notre nom il y aura bientôt 25 ans, mais si nous avions à le réécrire, ce serait « Société + art + technologie », puisque la grande question consiste à savoir comment les arts et les technologies viennent à la rencontre de la société.
Les artistes sont les artisans du futur. La SAT a un secteur de création et de production. Elle accueille des artistes en résidence et elle offre des programmes internationaux d'échange, des ateliers de rencontre, des événements de soutien à la création émergente, des commandes d'oeuvres ainsi que des mises en place de solutions techniques pour artistes en résidence. Il y a un lieu de diffusion d'une capacité de 1 800 places pour nos activités à l'échelle de la SAT; c'est extrêmement généreux. C'est un lieu multifonctionnel pouvant être utilisé dans différentes configurations.
Nous exportons notre savoir-faire. La SAT diffuse ses oeuvres, notamment dans un réseau de planétariums de salle immersive. Le modèle de la SAT est exporté en tout ou en partie.
Nous sommes en train de dispenser des formations à Cuba et nous allons ouvrir le Festival Sonar, à Barcelone, avec des prestations artistiques. De plus, nos recherches sont aujourd'hui exportées, voire même copiées. La SAT est visitée par environ 100 ou 125 délégations étrangères par année. Nous faisons aussi office de vitrine, un rôle très important.
Je vais vous parler du programme de recherche un peu plus tard. Cela dit, il était très important pour nous de nicher la recherche au coeur de nos activités, parce que c'est à cet égard que nous pouvons jouer un rôle significatif. Nous avons pu bénéficier, à une certaine époque, du Fonds des réseaux de recherche sur les nouveaux médias. Cela nous a permis de développer des outils qui ont été conçus et réalisés par des artistes.
J'aime dire que, l'artiste étant le pire client qu'on puisse avoir, les recherches poussées par des artistes satisfont tous les ingénieurs et les architectes de la terre. Qu'on le veuille ou non, il s'en fera de plus en plus. Nous faisons donc du développent de logiciels avec ce client extraordinaire qu'est l'artiste. Celui-ci pousse les chercheurs et les ingénieurs, qui sont au nombre de 12 à la SAT et qui font partie de notre équipe permanente.
Je pense qu'on pourra mettre en oeuvre un levier important, un jour, en repensant la rencontre entre l'art et le génie. Les artistes peuvent pousser sur ces nouveaux métiers, peu importe que les ingénieurs aient été formés au Québec ou en Allemagne. Il n'y a aucune différence. Par contre, si certains d'entre eux savent travailler avec des artistes ou des artisans qui poussent sur leur savoir-faire, cela nous permet d'envoyer dans le monde des ingénieurs plus performants.
Nous déployons aussi nos solutions logicielles. Je vais vous montrer tout à l'heure un projet qui découle directement de la recherche. Nous développons des produits et nous faisons du design ainsi que du prototypage.
Nous évoluons dans une culture de développement d'outils et de technologies qui ont cependant un impact direct sur la société. Nous sommes impliqués dans le milieu. Nous faisons du réseautage, nous tenons un symposium et collaborons avec des institutions internationales, nationales et locales. Nous offrons de la formation. On parle donc ici de transmission des connaissances. Nous avons un campus qui, aujourd'hui, pousse sur le bâti de façon assez extraordinaire.
Depuis six ans, nous offrons de la formation sur le numérique aux professeurs d'art plastique de la Commission scolaire de Montréal. Nous recevons des groupes scolaires; nous tenons des camps toutes les fins de semaine et des camps de jour pendant l'été. Nous offrons des formations dans les habitations pour personnes du troisième âge à qui nous apprenons à transférer leurs albums photos sur WordPress. Cela leur permet d'indiquer les noms et les années derrière les photos. Dieu sait que les choses peuvent devenir compliquées si ce n'est pas fait.
La SAT offre de la formation à des personnes de 5 à 97 ans. Notre approche est transculturelle, transgénérationnelle et transdisciplinaire. La SAT fonctionne de façon transversale. Notre modèle intègre la création, la production, la formation, la recherche, la diffusion et le réseautage. Le fait d'avoir un lieu physique nous permet d'offrir une vitrine sur ce que nous faisons et de faire des itérations rapides sur les résultats de nos recherches en faisant appel à un public qui nous donne de la rétroaction. J'ai parlé aussi de l'exportation, qui est en croissance.
Voici un bilan rapide: la SAT accueille environ 100 000 visiteurs par année; elle présente 854 artistes, dont 519 sont de la relève, et 274 activités. En outre, 26 festivals profitent de notre lieu. Cela représente au total 708 présentations et inclut des créations, nos spectacles, des événements externes privés et, de plus en plus, des formations que nous offrons. Nous tenons aussi un symposium annuel sur l'expérience de l'immersion.
Je vous fais part également de quelques chiffres supplémentaires. Nous avons aujourd'hui 290 employés, qui sont à temps plein, à temps partiel ou honoraires. Nous sommes un entrepreneur culturel dont la majorité des intervenants ont moins de 35 ans. Notre bâtiment et notre équipement constituent un actif de 14 millions de dollars et notre masse salariale se chiffre à 2 620 000 $. Nous occupons 44 000 pieds carrés sur le boulevard Saint-Laurent.
Pour ce qui est des communications, la SAT est présente sur toutes les plateformes. Nous publions une infolettre qui est appréciée par 36 000 personnes; nous avons des supporteurs et des abonnés.
Il y a un certain temps, avec nos collègues, nous nous sommes posé certaines questions. On parle de réseaux, notamment de bibliothèques et de salles de spectacle, mais personne n'est en réseau.
Que manque-t-il à ce réseau pour se mettre en réseau?
À la SAT, nous avons réuni des directeurs de centres et des techniciens. Nous nous sommes alors demandé comment nous pourrions concevoir un outil qui nous permettrait de créer une interface.
J'entends par là de concevoir un outil qui se greffera à nos consoles de salles de spectacle et qui nous permettra de connecter nos salles de spectacle entre elles, afin qu'elles aient un lien permanent. Il s'agit donc d'un outil qui...
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En fait, vous avez une photo.
Vous pouvez voir le montant reçu de
[Français]
le Conseil des arts et des lettres du Québec, le Conseil des arts de Montréal, le ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation du Québec et le ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire du Québec. Nous avons aussi reçu une subvention de la ville centre et une subvention de l'arrondissement Ville-Marie.
Au bout du tableau, à droite, vous pouvez voir les revenus autonomes de la SAT.
Cette année, nous finissons l'année avec 71 % de revenus autonomes et 7 % d'aide au fonctionnement, ce qui est récurrent. Cela veut dire que la SAT vit de ce qu'elle produit.
Nous avons eu une aide précieuse du gouvernement pour bâtir l'édifice. Comme je l'ai dit tout à l'heure, nous devions présenter une demande pour obtenir une subvention du Fonds des réseaux de recherche sur les nouveaux médias, grâce auquel nous gagnions, année après année, presque 1 million de dollars. Ce programme a été annulé, éliminé, et il n'a jamais été remplacé par quoi que ce soit de semblable.
Aujourd'hui, si on veut que les artistes tiennent un rôle de chercheur à part entière, il n'y a aucun programme à cet effet qui existe au ministère du Patrimoine canadien. Nous revenons aux modèles que nous avons connus avant.
Présentement, la SAT ne reçoit aucun sou du Canada, et ce, depuis 2011. Elle est peut-être votre pire investissement: lorsque nous avons ouvert l'édifice, nous étions déjà en rupture parce que nous n'avons plus eu accès à ce fonds.
Aux yeux du Conseil des arts du Canada, tout à coup, nous sommes devenus un centre qui ne présentait aucun intérêt. On nous a retiré l'aide au fonctionnement versée aux quatre ans pour nous fournir un financement annuel. Alors que deux ans auparavant, on nous avait classés comme un organisme clé sous-financé, tout à coup nous sommes devenus un organisme inintéressant. On nous a retiré l'aide au fonctionnement et on nous a donné un financement annuel de 35 000 $ par année, ce à quoi nous sommes un peu réticents.
Si nous voulons retrouver des fonds pour le fonctionnement, nous devons avoir des projets spéciaux pendant deux ans. Le Canada ne fait pas partie du projet.
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Je vous remercie, madame la présidente.
Je suis en train d'écrire à ma fille pour lui demander qu'elle me rappelle le nom de l'artiste contemporaine que j'ai eu l'occasion d'aller voir avec elle quand je suis allé au centre d'art de Copenhague. Il s'agit d'une femme qui faisait partie de l'oeuvre elle-même. Cela nous interpellait beaucoup. La ville de Copenhague est très inspirante. Je ne peux pas m'empêcher de me rappeler, puisqu'on parle effectivement des carrefours communautaires et des centres culturels. Je me rappelle aussi le Papiroen, à Copenhague, qui est une espèce de rassemblement de camions de restauration qui apportent une dimension communautaire à l'art de la table et à la gastronomie.
Je pense que le groupe témoin de ce matin est, encore une fois, très intéressant. Ce que les gens de la Coalition canadienne des arts apportent, c'est le besoin de lieux de médiation, de lieux de travail et de lieux de résidence pour les artistes. Si je me fie ce que Mme Engle a présenté, il est vraiment question de projets.
Honnêtement, je dois vous dire que j'ai appris votre existence ce matin. Dieu sait que, de toute évidence, vous apportez vraiment un soutien immense à une multitude d'événements frais et rassembleurs. Les images que vous nous avez apportées comme des exemples d'implication sont exceptionnelles.
Cependant, je ne peux pas m'empêcher de revenir à votre présentation, madame Savoie. Personnellement, je me souviens que, à l'époque où le Spectrum de Montréal était encore debout, se trouvait devant une vieille Banque Toronto-Dominion qui avait fermé ses portes. Je ne sais pas quelles en étaient les mesures. C'est d'ailleurs sur cela que porte ma question.
Nous parlons des communautés touchées par la fermeture de certaines commerces. La Banque TD qui était située à l'intersection des rues de Bleury et Sainte-Catherine était un endroit qui ressemblait à une plaie ouverte, il n'y avait rien. Puis, vous êtes arrivés.
À l'époque, avez-vous eu du soutien? Ce soutien émanait de quel palier de gouvernement?